L'AMOUR A LA MODE, ACTE IV, SCÈNE IIL
Que retournant chez lui hier au soir assez tard Il s*étail à sa porte arrêté par hasard; Que la trouvant ouverte, et la croyant entendre, Seule avec sa suivante il l'avait pu surprendre. Et qu'à peine il goûtait un entretien si cher. Que son père frappant on l'avait fait cacher. Vois s'il m'en doit rester quelque scrupule en l'âme.
Vous ôtes né coiffé.
ORONTE
Le bon est pour Florame; S'il brûlait de savoir qui possède son cœur, C'était pour Dorotée, et non pas pour sa sœur : Si bien que lui contant j)ar quelle tyrannie Lui donnant Dorotée on l'arrache à Lucie, Je l'ai vu prêt soudain de répondre à ses vœux, S'il rompait un hymen si contraire à ses feux: Là, Florame passant, bons amis, et sans peine, A l'amour qui les pique ils ont donné leur haine; Et par ce doux accord leurs différends cessés. Devant moi, sans contrainte, ils se sont embrassés.
CUTON.
De sorte que Lucie à Florame est acquise?
ORONTE
Oui, son frère y consent, et par mon entremise.
CLlTON.
Vous ne la verrez plus?
ORONTE
Moi ? Comme auparavant.
CLITON
Mais elle vous endort d'un espoir décevant; Et taudis qu'autre part sa franchise arrêtée Fait voir...
ORONTE
J'en crus bien hier autant de Dorotée; Et cependant, Cliton, je le crus faussement.
Mais celle-ci, monsieur, vous fourbe apparemment.
ORONTE
Peut-être suis-je encor trompé par Tapparence.
CLITON
Quoi, vous croyez Florame assez?...
ORONTE
Vois qu'il s'avance, J'en puis fort aisément sur l'heure être éclairci.