‹ Théatre completChapitre 247 sur 1461 · SCÈNE I FÉNISE, LAURE · texte numérisé non relu

SCÈNE I FÉNISE, LAURE

LAURB.

Quoi, lorsque dans ces lieux tout le monde s'ap- Au spectacle pompeux d*une superbe fête, [prête Et que pour augmenter l'éclat d'un si beau jour. Nous vous voyons enfin rappelée à la cour, Vous soupirez, madame, et votre âme inquiète Semble n'en recevoir qu'une joie imparfaite?

FÉNISE.

Après douze ans d'exil te faut-il étonner Si l'ordre qui m'en tire a de quoi me gêner ? Lorsque de la retraite on a pris l'habitude. On n'y renonce point sans quelque inquiélude; Et dans le changement qui me vient d'arriver. Les plus fermes esprits se plairaient à rêver.

LAURB.

Votre humeur au chagrin fut toujours si contraire, Qu'il parle malgré vous quand vous voulez vous

[taire ; Le luth, dont vous faisiez votre plus cher souci, A peine encor pour vous a quelque charme ici ; Et cette belle voix, le comble favorable De tant de qualités qui vous rendent aimable...

FÉNISE.

Ah, don de la nature à mon repos fatal!

LAURE

Quoi donc, sans y penser, j'ai touché votre mal?

FÉNISE.

Oui, Laurc, et c'est en vain qu'un obstiné silence Voudrait t'en dérober l'entière connaissance. J'en sens par cet effort redoubler la rigueur;

Et te le découvrir, c'est soulager mon cœur, Mais pour le concevoir, remets dans ta mémoire De nos malheurs passés la pitoyable histoire, | Lorsque le duc de Parme, injuste en ses projets, Nous priva si longtemps des douceurs delapaii

LAURB.

Je sais que de Milan prétendant quelque hommage, Il en tint le refus pour un sanglant outrage, Et qu'il fit par la guerre éclater en ces lieux Tout ce que la vengeance a de plus furieux; [les, Qu'après plusieurs combats aux deux partis funes- On voulut par l'hymen en conserver les restes; Que les ducs ennemis s'en faisant une loi. Dès lors pour leurs enfants se donnèrent la foi; Et qu'enfin par l'accord oî^ l'obligea son père. Le nôtre doit de Parme épouser rhéritière.

FÉNISE.

Hélas ! Je vins au jour dans ce temps malheureai Qui fit naître un accord pour moi si rigourcox. Puisque j'entrais à peine en ma cinquième année, Que Milan de son duc pleura la destinée ; n meurt, et par un choix qui nous comble d'hon- Mon père de son fils est déclaré tuteur, [oeuf» Sa prudence connue, et son rang et son âge Acquirent à sa foi cet illustre avantage, Et chacun s'assurant sur sa fidélité, On lui laisse le soin de l'hymen arrêté. Comme par une rude et triste expérience, Pour l'un et l'autre État il en sait l'importance. Auprès de la duchesse, héritière à son tour, A Parme pour son maître il fait toujours sa cour Et craignant de laisser un prétexte à l'envie Qui pût mêler quelque ombre à l'éclat de sa vie, Pour montrer qu'à TÉlat il est bien plus qu'à soi, Par mon bannissement il veut marquer sa foi. Ce que sur mon visage il pense voir de charmes Pour le rendre suspecta d'assez fortes armes; Avec le jeune dgc m'clever au palais,

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PanHonnez mon silence À ma jaste surprise; Mais, si l'on ra'.i dit vrai, qui pcat èlrc F<*nisr'^

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