LE CHARME DE LA VOIX, ACTE H, SCÈNE IL
LE DUC, ù Fénise, Vous êtes donc la dame?
LAURE
Et moi, je suis son aide.
FABRICE
Si Ton trouvait moyen de s*en accommoder L'aide a Tair assez drôle, on pourrait s'en aider.
LE DUC
Et Fénise?
FÉNISE.
Pour moi, je ne la quitte guère, Que lorsqu'elle reçoit visite de son père. Ils ont quelque secret toujours à consulter.
LE DUC
Mais ici tout à Theure elle vient de chanter?
FÉNISE.
Oui, dans cet endroit même, et j'étais avec elle, Quand de cette visite ayant su la nouvelle. Par cet autre escalier nous quittant promptement, Elle a couru le joindre en son appartement,
LE DUC, à Fabrice, 0 succès imprévu d'une heureuse entreprise, Que je trouve Célie où je dois voir Fénise!
FABRICE
Mais, si pour celle-ci vous vous sentez piqué, Que perdra votre amour à s'être équivoque? Après tout, c'est hasard si l'autre n*est plus laide.
LE DUC
Ah, non, Fabrice, non, mon mal est sans remède: J'ai beau voir dans Célie éclater mille appas, C'est en manquer pour moi que de ne chanter pas.
FÉNISE, bas û Laure, [mage,
Hé bien, quoiqu'à ma voix il semble rendre hom- Veux-tu d'un plein mépris un plus clair témoignage; Et crois-tu que mes yeux, pour en faire un captif. Puissent jamais briller d'un éclat assez vif? A peine il me regarde.
LAURE
Et c'est là ma surprise.
LE DUC, à Fénise,
Voudriez-vous pour moi dire un mot à Fénise?
Vous pouvez m'employer, seigneur, sûr qu'il n'est Que Fénise de moi ne reçoive fort bien, [rien Qu'elle prend mes avis, les estime, les aime. Et qu'enfin je lui suis comme une autre elle-même.
LE DUC
Ainsi je vous pourrais confier mon secret?
FÉNISE.
Vous ne sauriez choisir un esprit plus discret.
LE DUC
Et vous lui direz tout?
LAURE
Célie est ponctuelle; Quoi que vous lui disiez, je vous réponds pour elle, Qu'avecque tant de soin elle vous servira. Que dans le même instant Fénise le saura.
LE DUC
Daignez donc l'assurer que mon âme soumise
Au charme de sa voix a voué sa franchise, Que malgré ses refus, le bonheur de la voir. De mon cœur amoureux fait le plus doux espoir, El qu'enfin, si le sien dans mes vœux s'intéresse, Milan verra ma mort, ou la verra duchesse.
FÉNISE.
Quoi, vous aimez Fénise?
LE DUC
Ah, c'est dire trop peu.
La plus pressante ardeur n'égale point mon feu; Et sa rare beauté, pour qui ce cœur soupire. Est la seule conquête où mon espoir aspire.
FÉNISE.
Vous la croyez donc belle?
LE DUC
A former son beau corps Le ciel a déployé ses plus riches trésors, Jamais de tant d'appas beauté ne fut pourvue.
FÉNISE.
Comment la louer tant sans l'avoir jamais vue?
LE DUC
C'est assez que l'amour, par un merveilleux trait, A mon âme enflammée en ait fait le portrait; Et s'il m'a su causer de si douces alarmes, Jugez ce que sa vue aura pour moi de charmes.
FÉNISE.
Quoi que vous présumiez de ce rare portrait, L'imagination fait en vous trop d'efiTet; Et Fénise, après tout, ne peut être si belle. Que vous n'en ayez vu qui vaillent autant qu'elle.
LE DUC
Non, tout ce que jamais j'ai vu de plus charmant N'a pu faire à mon cœur de surprise un monient; Ce sont fades beautés indignes qu'on leur cède.
FÉNISE, bat à Laure, Qu'ose-t-il dire, Laure, il me trouve donc laide?
LE DUC
Mais cette belle voix dont les divins accents M'ont enchanté l'oreille, et captivé les sens, C'est là des plus grands cœurs le charme inévitable. C'est par elle qu'au mien Fénise est adorable, Et que j'estime autant cet objet inconnu. Que je sens de mépris pour tout ce que j'ai vu.
FÉNISE, bat à Lawre.
Jusqu'où pour moi du sort va le caprice extrême, Si l'on me désoblige à me dire qu'on m'aime. Il faut pourtant pousser la chose encor plus loin.
LE DUC
Mais de votre secours mon amour a besoin ; Mon secret déclaré, me le puis-je promettre?
FÉNISE.
Endeplussûres mains l'eussiez-vous pu remettre? Je prévois toutefois un obstacle fâcheux?
LE DUC
Quel? Fénise aurait-elle accepté d'autres vœux? Si le ciel l'a permis, ma mort est infaillible.
FÉNISE.
Non, son cœur jusqu'ici s'est montré peu sensible : Mais on m'a découvert depuis notre retour,