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SCÈNE VII FÉNISE, CARLOS, LAURE, CAMILE

CARLOS

Ma sœur, la fortune nous rit.

Et sur nous désormais sa faveur se déploie, Voyez dans ce billet la cause de ma joie.

« Carlos, sans trop abattre ou flatter son espoir. Jusque dans ses États remenez la duchesse; A trouver un prétexte employez votre adresse. Je ne suis point encore en état de la voir. »

« LE DUC

CARLOS

Que dites-vous de l'ordre qu'il me donne ?

FÉNISE.

Sachant ce qui se passe, il n'a rien qui m'étonne; Mais après les bontés que vous avez pour moi. Je me dois accuser...

CARLOS

Vous, ma sœur ? Et de quoi ?

FÉNISE.

De vous avoir caché ce qu'avaient su m'apprendre Mille soupirs qu'en vain j'ai refusé d'entendre.

CARLOS

Ils sont les seuls à craindre à qui se voit forcé De déguiser sa peine aux yeux qui l'ont blessé.

FÉNISE.

n n'est point toutefois de flammes si secrètes, Qu'on ne les autorise à s'en rendre interprèles.

CARLOS

Le respect quelquefois a lieu de prévaloir.

Je ne vois pas pour qui le duc en dut avoir.

CARLOS

Je sais qu'on lui doit tout; aussi j'ose vous dire Que sentant dans mon cœur ce que l'amour inspire, Ma raison dont mes sens tâchaient de triompher. S'employa toute entière afin de l'étouffer ;

Et si de celte ardeur, à toute autre inconnue, Mes soupirs malgré moi vous ont entretenue, C'est que contraint ailleurs à les trop resserrer, Ce cœur auprès de vous cherchait à respirer.

FÉNISE, à Laure, Où m' allait engager mon imprudence extrême? Sans savoir mon secret il parle pour lui-même; Pour nous entendre mal, j'ai pensé me trahir.

CARLOS

Mais qu'à ce nouvel ordre il m'est doux d'obéir, Quand le duc rejetant l'hymen de la duchesse, Ole à ma passion toute ombre de faiblesse 1 Car c'en est une enfin qu'on ne peut trop blâmer, Que d'aimer sans espoir qui ne peut nous aimer. J'ai vécu cependant dans ce cruel martyre. J'aimais et le respect m'empêchait de le dire. Et mes vœux incertains, dans mon cœur renfermés, Y mouraient languissants, aussitôt que formés. Hélas I Combien de fois, sans le faire paraître, Me suis-je plaint du rang où le ciel m'a fait naître, Puisque son vain éclat faisait tomber sur moi Le redoutable honneur d'un glorieux emploi. Qui, pour servir le duc, me réduisait sans cesse A m'arrôter à Parme auprès de la duchesse ! C'est là qu'à ses regards ce cœur trop exposé Prit l'amorce du feu dont il est embrasé, C'est là que le devoir m'attachant à lui plaire Produisit un efl'et à soi-même contraire : Et que de mes respects les soins trop assidus Dans l'hommage du duc se virent confondus. Mais enfin ennuyé de contraindre ma flamme, Le ciel daigne à mes vœux abandonner mon âme, Et cet heureux revers que je n'osais prévoir. Permet à mon amour les douceurs de l'espoir.

FÉNISE.

Cet espoir qui sitôt croit avoir lieu de naître, [tre, Vousfaitvoir plus heureux que vous ne feignez d'ô- Puisque dansla duchesse il suppose pour vous Des sentiments d'estime et glorieux et doux.

CARLOS

Je l'avouerai, ma sœur ; si l'ardeur qui m'enflamme Eclaire assez mon cœur pour lire dans son âme, L'estime que toujours la duchesse eut pour moi, Trouve quelque contrainte au respect de sa foi, Et ce qu'elle se plaît à m'en faire paraître, Désavoue à regret l'amour qui le fait naître, Cent fois j'ai vu sa peine égale à mon ennui, A m'ouïr expliquer la passion d'autrui.

Et nos cœurs interdits ne se pouvaient défendre De pousser des soupirs que nous n'osions entendre. Ainsi, comme Thymen que Ton voit an*êté A pour unique appui la foi d'un vieux traité; Quebien loin queson cœur danscechoixs'intéresse,

Le seul bien de l'État y porte la duchesse ; Et que même elle tient pour un mépris secret Que le duc n'ait jamais demandé son portrait. Jugez si d'un retour où son ordre m'engage. Mon adresse pourra dissimuler l'outrage, Et si, prenant mon temps à parler de mon feu

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