SCÈNE VI LE DUC, LA DUCHESSE, LAURE
LE DUC
A quoi qu'ait pu son crime aujourd'hui me forcer, Le bonheur de son sang suffit pour l'effacer.
LA DUCHESSE
Quel crime auprès de vous aurait souillé sa gloire?
LE DUC
Une infidélité qu'on aura peine à croire. Il aime la duchesse, et sans respect pour moi, Ayant surpris son cœur, il aspire à sa foi.
LA DUCHESSE
C'est ainsi que j'ai dû me tenir assurée D'effacer la duchesse, et d'être préférée?
LE DUC
Quoi, toujours la duchesse arme votre rigueur?
Elle à qui ma raison a refusé mon cœur,
Elle, dont le nom seul m'est un supplice extrême,
Elle enfin qtie je hais parce que je vous aime. Et pour qui d'un beau feu mes sentiments jaloux Ont autant de mépris que de respect pour vous?
LA DUCHESSE
Si ce mépris est tel que vous me l'osez peindre, Qu'a l'amour de Carlos dont vous puissiez vous Avec peu déraison vous vous en offensez, [plaindre? Est-ce un crime d'aimer ce que vous haïssez?
LE DUC
Non ; et comme le sang pour Carlos m'intéresse. Je le verrais sans peine aimé de la duchesse, S'il avait attendu, pour s'en faire un soutien, Que mon amour éteint autorisât le sien ; Mais,quoiquej'yrenonce,avantquederapprendrc, Oser porter ses vœux où l'on me voit prétendre. Étouffer un respect qui l'a dû retenir, C'est ce qui fait son crime, et que j'ai dû punir.
LA DUCHESSE
Par votre dernier ordre il n'a donc pu connaître Que, votre amour cessant, son espoir pouvait nal- LE DUC. [trc?
C'est faire assez pour lui que de me déguiser Par quelle intelligence il a pu m'abuser ; Et sûr que la duchesse appuierait son envie. Sans sortir de Milan, lui parler à Pavie.
LA DUCHESSE
Doutez-vous qu'à sa foi votre ordre confié...
LE DUC
N'en parlons plus, madame, il est justifié; Le voici qui paraît.