LE CHARME DE LA VOIX, ACTE V, SCÈNE III
De leur brillant éclat Timpérieux effort A trouvé ma raison avec mes sens d'accord ; Et cédant à vos yeux une pleine victoire, Mon cœur par sa défaite a signalé leur gloire.
FÉNISE, à Laure, C'en est fait, sa beauté remporte sur ma voix. Qu'a-t-elle plus que moi qui mérite son choix? Ah ! Je perds patience.
LAURE
Il n'est pas temps encore, C'est votre seule voix, vous dis-je, qu'il adore; Quoiqu'il proteste ici, l'épreuve en fera foi.
LE DUC
Oserais-je expliquer ce silence pour moi ?
LA DUCHESSE
N'en soyez point surpris. L'aveu que vous me faites Pour l'orgueil de mes vœux a des douceurs secrètes, Dont vous comprendriez l'appât mystérieux S'il vous était permis de me connaître mieux.
LE DUC [être,
Ce discours est obscur; mais quoi qu'il en puisse Si je vous connais mal, faites-vous mieux connaître ; Et de mes sens charmés dissipant le faux jour. Faites que vosbeaux yeux éclairent mon amour.
LA DUCHESSE
Vos soins et vos respects semblent assez me dire Qu'en efTet votre amour en reconnaît l'empire. Mais, de grâce, sans fard, éclaircissons un point, Me pourriez-vous aimer si je ne chantais point ?
LE DUC, à Fabrice.
Elle veut m'éprouver. Que dites-vous, madame?
LA DUCHESSE
Celte atteinte imprévue étonne votre flamme; Mais enfin pourriez-vous me garder votre foi, Si jusqu'ici quelqu'autre avait chanté pour moi.
LE DUC
Sans votre belle voix, j'avouerais que peut-être Je n'aurais pas cherché sitôt à vous connaître. Et que pour ce bonheur mes vœux moins empressés D'un soin si redoublé se seraient dispensés : Mais quand de mille attraits le ciel vous a pourvue. Songer à la révolte après vous avoir vue, C'est une trahison dont le crime honteux Ne souillera jamais la gloire de mes feux.
FÉNISE, à Laure, Je n'en puis plus souffrir, le dépit me surmonte Tu vasvoir ma vengeance ou ma dernière honte.