‹ Théatre completChapitre 317 sur 1461 · SCÈNE I D. LOPE, CASSANDRE, FLORE · texte numérisé non relu

SCÈNE I D. LOPE, CASSANDRE, FLORE

D. tOPB.

Celait peu quetoujourssondevoirtrop fidèle Contre ma passion eût combattu pour elle, Qoand pour la mériter je crois voir quelque jour. Un fier motif d*honneur s'oppose à mon amour; Et quoiqu'à mes soupirs son cœur soit favorable, Cet honneur, ce devoir, tout est inexorable. Dues extrémités 1 Qui le croirait, ma sœur, Qae le del me traitât avec tant de rigueur. Que pouvant espérer d'avoir pour moi le père, U Terta de la fille à mes vœux fût contraire, fi seule mit obstacle au plus charmant espoir (h& jamais un amant eût droit de concevoir? le la perds, mais hélas I perdant tout avec elle, La façon de la perdre est pour moi si cruelle, Qae toute ma constance et frémit et s'abat Anx menaces d'un coup dont elle craint l'éclat. Ce n est point un rival dont l'amour préférée Me dérobe une foi si saintement jurée; Gen'est point un vieillard, dont l'ordre impérieux Airache à mon espoir un bien si précieux.

Sans qu'un rival l'y porte, ou qu'un pèrel'ordonoé, Elle-même s'engage, elle-même se donne; Et, par ce sacrifice à son honneur offert, Veut être digne au moins de l'amant qu'elle perd. Rigoureuse faveur! Tyrannique maxime!

Sa résolution mérite qu'on l'estime;

Et son cœur par l'amour vainement combattu

M'oblige en vous plaignant d'admirer sa vertu.

D. LOPB.

Vous devez davantage au trouble de mon âme. Votre amitié, ma sœur, a fait naître ma flamme. Et je n'ai pu la voir si souvent avec vous. Sans voir, sans découvrir cet éclat vif et doux. Cette vertu modeste, et ce rare mérite. Dont le charme à l'amour secrètement invite; Et, de tant de beautés voyant l'illustre appas. Puisque j'avais un cœur, pouvais-je n'aimer pas? Ainsi, quelques ennuis où cet amour m'expose, M'ayant laissé la voir, vous en êtes la cause; Et pour moi vos bontés agiraient lâchement. De plaindre en moi le frère, et négliger l'amant. Voyez-la donc, ma sœur, cette fille adorable. Montrez-lui ce respect toujours inébranlable, Ce feu tenu secret avecque tant de soin. Qu'il n'a souffert que vous jusqu'ici de témoin; Mais c'est ce qui me perd^ sans ce fâcheux silence Alonse en eût reçu l'entière confidence. Et ne m'eût pas réduit par ses cruels avis A mourir de douleur si je les vois suivis. C'est lui, ma sœur, c'est 1 ui qui propose à don Sanche Cet odieux hymen où l'un et l'autre penche; Mais si mon désespoir doit enfin éclater. Pour mon rival peut-être il est à redouter,

CASSANDRE

Quoique de ses avis vous ayez à vous plaindre. Voyez-le cet Alonse avant que d'en rien craindre; Il vous cherche partout avec empressement.

D. LOPE

C'est à votre prière? Avouez franchement.

Vous pourrez de lui-même apprendre le contraire.

D. LOPE

Votre hymen près de lui me rend injuste frère; Et les biens de Fernand n'ayant pu vous charmer, C'est moi qui vous contrains, c'est moi qu'il faut blâ-

GASSANDRE. [mor?

S'il vous peint mon malheur comme un malheur extrême, C'est sur ce queFernand en dit tout hautlui-même, Qui tenant et l'amour et l'hymen â mépris. N'eût jamais rien conclu s'il n'eût étésurpris. [dre Encor tout de nouveau j'apprends qu'il s'ose plain- Qu'Enriqueàcethymen lui seul l'a su contraindre, Et que sa violence et son emportement L'ont forcé par surprise à cet engagement. 11 le fait bien paraître ; on a pris la journée Qui doit hâter ma mort par ce triste hyménée ; Dansdeuxjoursmonmalheursoussesloismeréduit)

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