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LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE IH, SCÈNE VI

L'une n*y peut entrer, mais l'autre en doit sortir. D. ALVAR. [sence,

C'est donc ce qu'à mes feux, après deux ans d'ab- Vous réserviez pour prix de ma persévérance? Encor, si votre cœur moins sensible à ces feux, * Par quelque aversion échappait à mes vœux, Si la haine m'ôtait ce qu'il faut que je quitte. Je n'en accuserais que mon peu de mérite, Et, sur mes seuls défauts jetant un œil jaloux, Je me plaindrais du ciel sans me plaindre de vous. Mais, par une rigueur qu'on aura peine à croire, M'arracher de ce cœur fait toute votre gloire ; Et ces traits que l'amour lui-même y sut tracer. C'est en les déchirant qu'il les faut effacer.

CASSANDRE

Dans le triste revers dont je souffre l'atteinte. Si majuste conduite attire votre plainte. Songez qu'il est bien dur de la voir condamner A qui ne peut avoir d'excuse à vous donner.

D. ALVAR

Quoi, votre fier devoir jusque-là vous abuse. Que vous me refusiez la douceur d'une excuse?

CASSANDRB.

C'est ce que votre amour ne doit point exiger. Qu'auraitelle aussi bien qui le pût soulager. Qui pût donner relâche au trouble qui l'agite. Puisque je n'en ai qu'une, et que je vous Tai dite?

D. ALVAR

Ah! Si cette raison vous l'a fait supprimer, Que vous connaissez peu ce que c'est que d'aimer: Jamais, jamais l'amour n'eut d'excuse frivole. Il sait charmer cent fois par la môme parole. On a beau la redire, et beau la répéter. De nouvellles douceurs s'y font toujours goûter. L'appas en est secret, et le pouvoir extrême; Et si pour qui la dit elle est toujours la même. Bien qu'elle semble l'être, il est certain pourtant Qu'elle n'est pas la même à celui qui l'entend. Dites^la donc encor cette excuse charmante. Qui soulage mes maux quand elle les augmente. Et mêlant vos regrets à mes vives douleurs, Presse mon désespoir de finir mes malheurs.

CASSANDRE. [glolrC

Et vous pourriez soufl'rir qu'aux dépens de ma J'écoutasse un amour que je ne dois plus croire? Quand d'abord votre vue a troublé mes esprits. L'âme tout en désordre, et les sens interdits. J'ai pu m'abandonner dans ma surprise extrême, A ce que pense un cœurquand il perd ce qu'il aime. Et que prêt de subir un redoutable sort, Il regrette souvent ce qu'il a pleuré mort. Mais enfin à présent qu'un peu mieux éclairée. Ma raison sert de guide à mon âme égarée, Et que mon cœur honteux de se voir abattu Avec plus de vigueur rappelle sa vertu. Loin de suivre l'erreur qui m'avait abusée. Si je dois m'excuser, c'est de m'être excusée. Et d'avoir fait paraître avec quel désespoir L'amour que j'eus pour vous s'immole à mon devoir.

D. ALVAR

Ainsi, vous détrompant du bruit démon Danfrage, Confessez qu'à mes feux j'ête un grand avantage, Et qu'il vaudrait bien mieux qu'ainsi qu'auparavant, Vous m'estimassiez mort que de me voir vivant.

CASSANDRE

Au moins pourraisje encor me disposer sans honte A pousser des soupirs pour une mort trop prompte; Et sans examiner si dans de tels malheurs L'amour ou la pitié ferait couler mes pleurs, Pour flatter mon ennui je trouverais des charmes A me croire permis de répandre des larmes. Mais, lorsque vous vivez, des sentiments si doux Sont trop pour mon devoir, s'ils sont trop peu pour

[vous.

C'est à les étoufl'er qu'il faut que je m'applique; Et comme votre vue en est l'obstacle-unique, Je fuis un ennemi qu'en mon ennui secret Je combats avec peine, et ne vaincs qu'à regret.

D. ALVAR

Vous me quittez, madame?

CASSANDRE

Il y va de ma gloire.

D. ALVAR

Et d'un amour si pur vous perdez la mémoire?

CASSANDRE

J'y ferai mon pouvoir.

D. ALVAR

Oyez donc jusqu'au bout, A quel point...

CASSANDRE

Non, c'est trop.

Je vous suivrai partout; Et, si vous me quittez, il n'est respect ni craiute Qui m'empêche chez vous d'aller porter ma plainte.

CASSANDRE

Si je dois l'écouter, sachez auparavant Ce que s'en doit promettre un espoir décevant Quand celui d'être à vous autorisa ma flamme, Je ne vous cachai point les secrets de mon âme, Et vos feux n'ayant rien qui blessât mon devoir, Je vous aimai sans doute, et vous le pûtes voir. Par un funeste bruit ma fortune est changée, Ayant cru votre mort je me suis engagée : Ce bruit m'a fait ailleurs disposer de ma foi; Vous savez qui je suis et ce que je me doi, Quel'honneur a ses lois que l'on ne peut enfreindre; Plaignez-vous là-dessus, si vous osez vous plaindre.

D. ALVAR

Oui, je l'ose, madame, et si vous n'espérez... Mais que puis-je vous dire, hélas, quand vous pieu-

CASSANDRE. [^'

Si mes yeux par des pleurs attentent sur ma gloirCt Ce sontdes imposteurs que l'on nedoitpoint croire.

D. ALVAR

Quoi donc, vos passions sont tellement à vous, [roux. Qu'un moment peut changer la tendreise en coo^

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