LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE IV, SCÈNE VL
Je me découvre à vous, vous vous cachez de moi!
Avec peu de raison vous soupçonnez ma foi ; Et, s*il faut éclaircir le sujet de ma peine, J*ai reçu rendez-vous, et c'est ce qui me gêne.
D. ALVAR
La faveur vous déplaît?
D. LOPE
J'aime et je suis aimé.
Mais un père fâcheux tient mon cœur alarmé ; Et, contre mon espoir, celte faveur offerte Est moins faveur pour moi que Tarrét de ma perte. Il me hait, et la fille attendant son aveu, D'une vertu si fière accompagne son feu. Que je n'en dois prévoir qu'une atteinte mortelle. Puisqu'elle se dispense à m'appeler chez elle. Ainsi, de ce vieillard redoutant le courroux. J'accepte avec chagrin un pareil rendez-vous ; Non, parce qu'au malheur dont ma flamme est Si j'y suis découvert, il y va de ma vie, [suivie. Mais parce que surpris dans un tel entrelien. Tout mon sang exposé n'assure pas le sien. [dre. Mais je vous quitte enfin, c'est trop la faire atlen-
D. ALVAR
Je vous escorterai.
D. LOPE
Vous?
D. ALVAR
Quoi, vous en défendre!
Craignez-vous que ce bras ne vous manque au D. LOPE. [besoin?
Un amour si secret fuit un nouveau témoin ; Et je dois ce respect à l'objet de ma flamme. De...
Vous abandonner, c'est me couvrirde blâme ; Et mon cœurest pour vous injusteau dernierpoinl, S'il vous souffre un péril qu'il ne partage point. Non, non, je vous suivrai.
D. LOPE
Vous ne prenez pas garde A ce qu'en ce projet votre amitié hasarde; Et que dans ma disgrâce oser vous engager, C'est vous mettre en état de ne vous point venger. Que devient cette ardeur d'effacer votre injure?
D. ALVAR
Sur l'occasion seule un grand cœur se mesure. Allons, nous perdons temps.
D. LOPE
Mais...
D. ALVAR
C'est trop contester.
Sachant ce que je sais, je ne puis vous quitter. Surtout, je suis discret.
D. LOPE
Je n'ai plus rien à dire; Mais je vous devrai tout, et mon cœur en soupire, Puisqu'aprèscet accord que Thonneur rend permis, Ce môme honneur nous force à cesser d'être amis.
D. ALVAR
Ne songeons maintenant qu'à ce qui vous importe.
D. LOPE
' Nous n'irons pas bien loin ; voyez d'ici la porte, I J'y dois être attendu.