SCÈNE V D. SANCHE, D. LOPE, D. ALVAR, CASSANDRE
D. SANCHB.
Ah, mon filsl
D. ALVAR
Suspendez, de grâce, votre plainte.
Vous venez condamner ce cœur trop partagé ; Mais je mourrai, mon père, ou vous serez vengé. Nous pourrons nous revoir. Adieu, don Lope.
D. SANCHE
Arrête;
Un heureux calme enfin doit suivre la tempête ; Don Lope est innocent.
O. ALVAR
Pour en avoir douté, Le procédé d'un traître a trop de lâcheté : Mais enfin avec vous ayant part a l'outrage, Si je n'eu sais l'auteur...
D. SANCUE.
Tu sauras davantage.
Puisque le ciel propice à mon ressentiment. Au crime qui le cause a joint le châtiment. On m'a déjà vengé.
o. ALVAR.
Quel bras l'aurait pu faire?
Jamais autre qu'un fils ne venge bien un père.
D. LOPE
Non ; mais quand vous saurez qui l'avait outragé. Peut-être avouerez-vous qu'il est assez vengé.
D. SANCHE
Oui, mon cœur de vengeance assez insatiable, La trouve tout entière aux remords du coupable. Qui, blessé par rencontre, et craignant de mourir. Chez Alonse à moi-même a pu se découvrir. Qui l'aurait jamais cru, que cette âme si fière
LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE V, SCÈNE Vî.
Eût pu jusqu'au pardon abaisser sa prière? Oae l'orgueilleux Enrique...
fl. LOPfe.
Après ravoir nommé, QueJque juste sujet qui \ou3 tienne animé, Songez qu'il est monfrère, et m'épargnez la honte...
Quoi, votre frère! 0 ciel, que ta justice est prompte !
D. SANCHE
D nous le montre en lui.
D. ALVAR
Mais vous ne savez pas Oae le voulant punir il l'a fait par mon bras. Sans savoir votre affront j'en ai tiré vengeance.
D. SANCHB.
Quoi, mon fils aurait pu réparer mon offense!
D. ALVAR
Don Lope eo est témoin, lui dont l'heureux secours S'employa pour ma gloire, et conserva mes jours. Ah, si vous connaissiez sa vertu tout entière?
D. LOPB.
Elk offre à votre estime une faible matière.
D. SANCHE
De ce qui s'est passé j'ai su tout le secret; Et de cette vertu pleinement satisfait, fUW qu'à ma vengeance un fils ait mis obstacle, Confus de mon erreur, et surpris du miracle, le venais l'assurer qu'un regret éternel...
D. LOPB.
Pourquoi tant d'indulgence envers un criminel? Puisque vous savez tout, il n'est plus temps de taire Et que j'aime Jacinte, et que j'ai su lui plaire-, EU, quoique la vertu soutienne un si beau feu, \1 est à condamner n'ayant point votre aveu. Ce m'est beaucoup pourtant que vous puissiez con- Que sur cet appui seul la raison le fît naître, [naître Et que mon cœur s'offrant à de si doux liens, iVy fut point engagé par l'éclat de vos biens : Cest à quoi rarement un grand courage cède. Le ciel vous rend un fils, que ce fils les possède ; Aussi charmé que vous de son heureux retour. Un cœur me suffira pour payer mon amour. Si je demande trop, punissez mon audace, La mort, sans un tel prix, me tiendra lieu de grâce; Et purgé d'un soupçon qui m'eût pu diffamer, Je mourrai satisfait si je meurs pour aimer.
D. ALVAR
Cest trop. Pour couronner une flamme si pure, Mon père, attendez-vous qu'un filsvous en conjure?
D. SANCHE
SoUj de ce feu secret si j'ai blàmé l'ardeur, Alonse en a déjà justifié ta sœur.
Surprise et par mon ordre et par son stratagème, it sais ce qu'elle a fait contre don Lope môme; El pour ce grand effort, le moins que je lui dois, Cest d'oublier sa faute, et d'approuver son choix.
SCÈNEf VI
D. SANCMEi D. ALVAfl, D. LOPE, JACINTE, CASSANDhE.
JACINTB.
Puisque par le succès cette faute s'efface, J'en viens bénir le ciel, et recevoir ma grAce.
D. SANCHB.
Quoi, voir ici ma fille?
JACINTE
Avant que m'accuser.
Songez à quoi pour vous j'ai su me disposer; Ainsi ne soupçonnez ni crime ni faiblesse Dans une passion dont je suis la maltresse. C'est votre intérêt seul qui plus fort que le mien^..
D. SANCHB.
Va, je te ferais tort si j'examinais rien;
Ta vertu me répond de l'amour qui t'engage.
D. LOPE
Dieux I Que le calme est doux qui succède à l'orage !
D. ALVAR
II est bien doux, hélas! à qui peut espérer.
D. SANCHE, à D, Alvar.
Quoi, chacun est content, et tu peux soupirer?
D. ALVAR
Ah, soupirs indiscrets d'avoir osp paraître I
D. LOPB.
Puisquej'aisuparvousquemasœurlesfait naître. Pour les faire cesser, voulez-vous bien par moi Recevoir tout ensemble et son cœur et sa foi?
D. ALVAR
Une foi qu'à Fernand vous-même avez promise!
D. LOPB.
Je ne m'engage à rien que Fernand n'autorise.
D. ALVAR
0 dieux! Se pourrait-il...
O. SANCHB.
Tu l'aimes donc, mon fils?
D. ALVAR
Dans mon ravissement je doute si je vis. Mon père...
D. SANCHB.
Je t'entends ; obtiens-la d'elle-même.
D. ALVAR, à Cauandre.
Consentez-vous, madame, à mon bonheur ex- CASSANDRB. [trômc?
Voir vos vœux tout à coup par un frère exaucés, Et n'y résister point, c'est m'expliq^er assez.
D. ALVAR
0 favorable arrôt!
D. SANCHE
C'est le ciel qui le donne ; L'ordre de ses décrets n'est connu de personne, Et souvent de ses soins l'infaillible ressort Se plaît par le naufrage à nous conduire au port.