LE GEOLIER DE SOI-MÊME, ACTE III, SCÈNE II
Ou je vous devrais plus que vous ne me devez. La vertu, quand elle est et solide et parfaite, Elle-même est le prix qui la rend satisfaite ; Et de quelque valeur que puisse être un bienfait, S'avouant redevable, on s'acquitte en effet.
FÉDÊRic. * [fasse,
Puisque c'est vous déplaire, et que, quoi que Ton C'est trahir vos bienfaits, que vous en rendre grâce, Pour les laisser, madame, en leur plus haut éclat, Je veux bien me résoudre à demeurer ingrat. Je ne vous dis donc point que ma plus forte envie Est d'exposer pour vous et mon sang et ma vie, Je m'abandonne entier à ma stupidité, Et reçois vos faveurs comme un bien mérité.
ISABELLE
C'est mal prendre mon sens, et ne me pas connaître. Je m'estimerais lâche autant qu'on le peut être. Si, faisant quelque bien, par un motif trop bas, La gloire d'obliger ne mê suffisait pas : Mas je l'avoue aussi, ce nom d'ingratitude A quelque chose en soi qui me parait si rude. Que, quelque occasion qui me le puisse offrir, Un terme si fâcheux me fait toujours souffrir.
Ainsi, madame, ainsi, quoi que je puisse faire. Je ne puis espérer de ne vous pas déplaire, Puisqu'enfin votre esprit condamne également. Et mon ingratitude, et mon ressentiment.
ISABELLE
J'approuve quelquefois que le dernier s'exprime. Mais il est pour cela des sentiments d'estime; Et d'ailleurs, quelques biens qu'on ait pu recevoir, Qui peut donnerson cœur, pcutne plus rien devoir.
FBDÉKIO.
Le mien pourrait-il être une assez digneoffrande...
ISABELLE
Sansdoute;etje m'explique afin que l'on m'entende. Ce don de votre cœur me plairait en ce point. Que j'y découvrirais ce que je ne sais point. Quel est votre pays, quelle est votre naissance?
FÉDÊRIC.
Mon nom est Léonard, et mon pays, Florence; Vous savez ma fortune, et je vous ai conté...
ISABELLE
Parlons, parlons de grâce, avec sincérité : Ce récit du malheur qui causait votre plainte, Avait tout l'appareil d'une éloquente feinte; D'abord j'ai bien voulu qu'il vous ait réussi. Mais un homme de peu ne parle point ainsi.
FÊDéRlC.
Quoi, madame...
ISABELLE
Quittons un discoursqui vous blesse.
Vous n'avez encor vu le roi, ni la princesse?
L*hoDneur qu'il vous a plu de répandre sur moi. Pour quelque ordre déjà m'a fait connaître au roi, Mais sans voir la princesse ; et j'espère, madame. Que ne relâchant rien de cette grandeur d'âme,
Vos bontés, par l'aveu de ce que je vous dois, Forceront son estime à suivre votre choix.
ISABELLE
Il sera peu besoin que je l'en sollicite.
Que n'obliendrez-vous point avec tant de mérite?