SCÈNE III
LA REINE, CRESPHONTE, LÉONTIDAS, NICANDRE, CLÉOMÉNE.
LA RRINB, à Cretphonte,
J'estime votre zèle.
Prince, mais ce dessein me rendrait criminelle; ^ je dois redouter la colère des dieux.
CRESPHONTE
Seront-ils contre vous pour un ambitieux?
LA REINE. [foudre,
Qaels que soient ses projets, s'ils méritent leur Lear Justice sans doute en saura bien résoudre. Quand tous aurez parlé, nous verrons quels avis Dans cette occasion doivent être suivis. {Le reine s'auied^ et /ait asseoir les princes et Cléomène,) 56bles et chers appuis d'une illustre couronne, Dont la gloire à vos soins aujourd'hui s'abandonne, Vous qui contre la Crète, en portez la splendeur, Répondez par ma bouche à son ambassadeur. Si je veux par la paix éloigner la tempête. Ha fille d'un tyran doit être la conquête; Et par son hymen seul, dont je frémis d'horreur, Je pais de Timocrate apaiser la fureur. Poar soutenir d'Argos la gloire tout entière. Ici de vos conseils j'attends quelque lumière. Parlez donc; et, sans fard, résolvez avec moi Ce que des bons sujets doivent au saog d'un roi.
CRESPHONTE
C*est par ce sentiment que je m'obstine à dire Que, quoi que la vengeance à votre cœur inspire. C'est au tyran de Crète en montrer peu d'ardeur Que de le respecter dans son ambassadeur. Rendez donc hautement menace pour menace; Que sa mort soit le prix d'une insolente audace; Et, par son châtiment, faites connaître à tous Quel sang vous destinez aux mânes d'un époux.
LBONTIOAS.
Je n'examine point quelle est cette maxime Qui permet de punir un crime par un crime; Hais ce vieux droit des gens, partout si révéré, pour le vouloir enfreindre, est un droit trop sacré. Xon qu'on doive excuser, daos l'orgueil qui le flatte. L'indigne procédé du prince Timocrate.
Eo tète d'une armée expliquer son dessein, C'est agir en amant bien moins qu'en 50uverain. Cette honteuse paix, dont l'offre nous étonne, Est un ordre absolu que sa fierté nous donne; Et si quelque rebelle osait s'en dispenser,
Il tient la foudre en main toute prête à lancer. Certes, il faudrait être ennemi de la gloire Pour céder sans combat le prix de la victoire; Et ce trône où sans peine il aspire à monter, A son ambition vaut bien le disputer. [ose.
Ainsi, pour faire voir qu'on craint peu, quoiqu'il Je ne répondrais rien sur l'hymen qu'il propose; Et son ambassadeur retournerait confus Deviner avec lui d'où viendraient mes refus.
NICANDRE
Un tel avis sans doute est glorieux à suivre. D'un reproche éternel je sais qu'il nous délivre, Et qu'il part d'ungrand cœur qui voit que sur l'État L'hymen du roi de Crète est un noir attentat. Mais ce n'est pas assez d'en rejeter la honte, Dans un plus hautorgueilnesouffronspasqu'ilmon- Et pour lui mieux apprendre à ne pas s'élever, [te; Bravons cet ennemi qui pense nous braver. Quelques fausses couleurs qui déguisent sa haine. Cet hymen proposé n'est pas ce qui l'amène; Et de quoi qu'il l'appuie, il n'arriva jamais Qu'un appareil de guerre ait annoncé la paix. Non, non, il avait cru que Teffroi de ses armes Nous réduirait d'abord aux dernières alarmes, Et que chassant d'Argos ses légitimes rois. Chaque ville en tremblant irait prendre ses lois. Il s'était figuré que pour <en rendre maître, Avec toute sa flotte il n'avait qu'à paraître; Et, contre son espoir, ayant trouvé nos ports En état de braver ses plus rudes efforts. Sous rofl*re d'une paix qu'il fait avec contrainte, Il cache le désordre où le jette sa crainte. Profitons-en, madame, et pour sauver l'Étal, Lorsqu'il ofl're la paix, offrons-lui le combat. Par là dès aujourd'hui prévenant sa menace, Étonnons sa fierté par une belle audace. Et faisons éprouver à cet ambitieux Que jamais les tyrans ne sont amis des dieux. C'est là mon sentiment, et 1er ciel me l'inspire Pour votre propre gloire et le bien de l'empire.
LA REINE
Et Cléomène enfin?
CLÉOMÉNE.
Je me tais par respect.
Aussi bien mon avis pourrait être suspect ; [lent. Et voyant pour l'État que trois grands princes veil- C'est à moi de souscrire à tout ce qu'ils conseillent.
LA REINE
Non, non, ce que déjà vous avez fait pour nous Ne permet à l'envie aucun pouvoir sur vous; Votre cœur m'est connu, parlez en assurance.
CLÉOMÈNE
Puisque vous m'ordonnez de rompre le silence, Je dirai qu'un bon roi doit n'oublier jamais Qu'il est comptable aux dieux du sang de ses sujets; Et qu'il n'est point de guerre, encor que légitime. Qui par trop de longueur ne penche vers le crime. Songez depuis un siècle à quel excès d'horreur De vos dissensions a monté la fureur.