TIMOCRATE, ACTE I, SCÈNE IV
Et ce que peut encor, dans ces vives poursuites, Celte même fureur si Ton n'en rompt les suites. Vous le pouvez, madame, et revoir votre État Par la paix qu'on vous offre en son premier éclat. On vous en sollicite, et vous aurez la gloire Qui dans tout l'avenir suivra votre mémoire, D'avoir, malgré l'orgueil qui réglait leurs projets, Réduit vos ennemis à demander la paix.
CRESPHONTE
Ainsi, notre vertu lâchement endormie De cette indigne paix souffrirait l'infamie, Et la reine étouffant un trop juste courroux. Vendrait pour l'acheter le sang de son époux? De la mort du feu roi Démochare coupable. En rend toute la Crète aujourd'hui responsable; Et nous justifierions nous-mêmes cette mort, Si de ses meurtriers nous recevions l'accord.
CLÉOMÈNE
Seigneur, de ce soupçon qui souille sa mémoire La honte rejaillit sur votre propre gloire; Et vous ne songez pas qu'il expose au mépris Ce rare privilège où vous êtes compris. Ceux que dans votre rang, comme dieux de la terre, Le ciel qui les forma n'a soumis qu'au tonnerre. Par un ordre éternel sont en quelque façon. Comme indignes du crime, au-dessus du soupçon; Et ternir leur vertu par un sombre nuage, C'est offenser les dieux dans leur plus noble image. Si j'ose toutefois, pour décider ce point. Donner à Démochare un juge qu'il n'a point, Pour lever à la paix l'obstacle qui s'oppose, Voyons de cette mort s'il put être la cause. Le feu roi votre époux attaquant son État, Blessé mortellement, fut pris dans un combat ; Et quoi qu'en ait osé publier l'imposture, S*il mourut prisonnier, ce fut d'une blessure. Le calme en vos États aussitôt affermi. Du soupçon de sa mort purgea son ennemi. Ce malheur remplissant tous vos sujets d'alarmes, Laissait Argos en proie à l'effort de ses armes ; Et les Messéniens en guerre contre vous, S'il eût voulu vous perdre, animaientson courroux. Cependant qu*a-t-il fait digne de cette haine, Qui d'un si noir soupçon le condamne à la peine. Et qui, pour soutenir d'ambitieux desseins. L'accuse au sangd'un roi d'avoir trempé ses mains?
CRESPHONTE
Vous palliez en vain, avec un peu d'adresse,
Un crime qu'avec vous a su toute la Grèce.
Pour s'en justifier s'il proposa la paix,
La fausse mort d'un fils produisit ces effets.
Privé de Timocrate, à qui de sa victoire
Ce coupable vieillard devait toute la gloire,
Il borna des désirs dont la trop vaste ardeur
Manquaitpourles remplir d'un brasdéjàvainqueur;
Mais c'est trop balancer une belle entreprise.
Éprouvons quel parti le destin favorise,
Et si ce Timocrate est tant à redouter.
Qui de nous le craindra n'aura qu'à l'éviter.
CLBOMÉNB.
Le succès réglera qui de nous le doit craindre; Tel brave qui souvent devient le plus à plaindre, Et peut-être...
LA REINE, te levant,
n suffit. Je vois dans vos conseils Pour moi, pour mon État des sentiments pareils, Un même zèle en vous en fait la différence; Mais pour vous expliquer enfin ce que je pense, La Crète, quoi qu'on dise, est coupable vers moi Du secret attentat qui fit périr un roi. Depuis ce coup fatal j'aspire à la détruire; Et quand par vos avis je cherche à me conduire. De quoi que Timocrate ose flatter ses vœux. Ce n'est pas son hymen, c'est sa mort que je veuL Démochare sans lui tombait en ma puissance. Son bras seul l'a soustrait à ma juste vengeance; Et ce serait trahir les mânes d'un époux, Que d'écouter pour lui des sentiments plus doux. A ses mânes sacrés je le dois pour victime. Qui sauve un criminel se charge de son crime; Et j'atteste aujourd'hui les dieux nos souverains, Qu'il payera de son sang s'il tombe entre mes mains. Oui, tant que dans ces lieux j'aurai le nom de reine. Si d'autres intérêts affaiblissent ma haine. Puissent ces dieux vengeurs pour le dernier des Sous les lois de la Crète assujettir Argos. [maux. Cependant si ma fille a pour vousquelques charmes, Princes, pour l'acquérir il faut prendre les armes. Et livrant Timocrate â mon juste courroux. Régler enfin mon choix qui balance entre vous. Outre qu'à cet effort la gloire vous convie, Sa main sera le prix de qui m'aura servie; Et de mon ennemi couronnant le vainqueur. Par mon ordre aussitôt fera suivre le cœur.
LÊONTIDAS.
Madame, permettez à l'amour qui m'en presse D'aller sur cet espoir consulter la princesse.
LA REINE
Allez, et l'assurez que le bien de l'État Va porter ma réponse à l'offre du combat. {Elle donne la main à Cretphwite,)