TIMOCRATE, ACTE U, SCÈNE I
Et je ne croirais pas qu'un zèle moins parrait RépoDdtt à Thonneur que la reine m*a fait.
NICANDRB.
ie n'en murmure point; mais comme enfin la leine Fait dépendre aujourd'hui notre amourde sa haine, Si jamais l'amitié signala votre foi, Faites-le-moi paraître en combattant pour moi. Après ce haut serment où son courroux éclate, n ne faut plus songer qu'à vaincre Timocrate;
¥1 celui qui de nous le met en son pouvoir.
Seul d'un illustre hymen peut conserver l'espoir.
Contre mes deux rivaux assurez-m'en la gloire.
Si vous êtes pour moi, j'ai déjà la victoire ;
Et je puis, secondé d'un bras toujours vainqueur...
Mais quoi, vous soupirez?
CLÊOMÉNB.
J'en ai bien lieu, seigneur.
Mais pourquoi plus longtemps surprendre votre es-
[time?
Prirez-eQ uo coupable en apprenant son crime; Car quoiqu'à l'avouer je consente à regret, n TOUS en faut enfin confier le secret. Taime, hélas ! De mon sort déplorant la bassesse, Tie dois-je pas trembler à nommer la princesse?
NICANDBB.
QBoi! Cest elle...
CLéOUBNE.
Oui, seigneur, ses regards trop puissants Ont contre ma raison fait révolter mes sens. Dans la gène secrète où cet amour m'expose. De mon éloignement ne cherchez plus la cause. Par une prompte fuite opposée à ces feux, i'al cru me dérober à l'orgueil de mes vœux ; Mais en vain, dans l'espoir de guérir par l'absence Je m'en suis imposé l'affreuse violence. Cet effort dans mon mal n'a pu me secourir, La mort seule le peut, et je reviens mourir.
NICANDBB.
Certes* si vous aimez, l'exemple est assez rare Qn*ea faveur d'un rival un amant se déclare; Et ce feu si secret s'est un peu démenti. Lorsque de Timocrate il a pris le parti. Comme toujours l'amour pour soi seul s'intéresse, Conseiller son hymen, est-ce aimer la princesse ? Vous Taimez, dites-vous, et la pouviez donner?
CLÉOUéNB.
Cessez, cessez, seigneur, de vous en étonner. L'amour qu'au désespoir la raison abandonne. S'attache à ce qu'il ôte, et non à ce qu'il donne. C'était toujours beaucoup pour flatter ma douleur. Que faire à trois rivaux partager mon malheur. Par ce fatal hymen dont votre amour s'oiïense, Les deux princes, et vous, perdiez toute espérance; Et de cette douceur mon esprit abusé ICe voyait plus un mal qu'il s'était déguisé. m La princesse, » disais-je en ma triste pensée, « Acceptant Timocrate obéira forcée ; Et suivant de son sort le décret inhumain, Résenrera le cœur en lui donnant la main.
Sa contrainte à mes maux me la peindra sensible; El puisqu'enfin pour moi sa perte est infaillible. J'aime mieux qu'à ma flamme elle échappe en ce En victime d'État qu'en victime d'amour. » [jour Voilà sur quoi mon àme au désespoir ouverte, Tâchait d'envelopper mes rivaux dans sa perte; Et dans ces sentiments, de leur bonheur jaloux, Jugez, seigneur, jugez ce que je puis pour vous.
NICANDRE
Mais à suivre l'erreur dont votre àme est charmée, Qu'espérez-vous enfln?
CLÉOMÉNE.
Me perdre dans l'armée, El sans être connu, sautant de bord en bord. Vaincre cet ennemi dont Argos veut la mort.
NICANDRE
Et vous ne doutez pas que l'État, que la reine N'accordent tout alors aux vœux de Cléomène, Et n'enfreignent ces lois, qui dans le sang royal Défendirent toujours un hymen inégal?
CLÉOMèNE.
Quelque témérité qu'il fasse ici paraître, Cléomène, seigneur, sait encor se connaître, El n'oubliera jamais que de sa passion Un éternel silence est la punition.
Mais s'il vainc Timocrate, il a quelque espérance De voir de ses rivaux le bonheur en balance. Et que le sang d'un roi, par lui seul satisfait. D'un si funeste choix reculera l'efTet.
Mais après un aveu si vain, si téméraire. Armez contre un ingrat, armez votre colère; Et puisque son malheur vous porte à le haïr Empochez par sa mort qu'il n'ose vous trahir.
NICANDRE. [qu'extrême.
Non, non» ne craignez point, mon amour, quoi- Ne prétend rien de vous qui soit contre vous-même. Abandonnez votre âme à ces doux sentiments, Qui d'un feu sans espoir amusent les tourments; J'y consens, et je puis y consentir sans peine. Lorsque mon cœur pour vous incapable de haine, Admirant de vos feux l'aveuglement fatal. Plaint en vous un ami, sans y craindre un rival.