‹ Théatre completChapitre 442 sur 1461 · TIMOCRATE, ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

TIMOCRATE, ACTE IV, SCÈNE V

)5 n reproche secret que malgré moi j'écoute, ^^iirèle incessamment sur le prix qu'il me coûte. X^ox aveugles désirs d'un transport furieux U m'a fait immoler un roi victorieux ; ISlcet effort est tel, qu'à l'avoir su comprendre, Tous m'auriez moins poussé peut-être à l'entre- ÊRiPHiLB. [prendre. '

I Ne crois pas ton orgueil jusques à te flatter I D'uD aveu qu'en effet tu n'oses mériter.

Ce cœur qui voit le tieo, et lit dans ta pensée, ^e peut être le prix d'une vertu forcée. Reocontrer par hasard, et triompher d'un roi, Cestce qu'un autre heureux aurait fait comme toi ; ibis en faire éclater le remords qui t'accable, (Test une lâcheté dont toi seul es capable.

CLéOMÉNE.

Bé bien, à ce reproche osez vous emporter, lais apprenez par où je l'ai pu mériter. Je suis lâche, il est vrai, moi-même je m'accuse, 5oo pour ce faux remords dont l'erreur vous abuse, Mais pour avoir souffert que ce cœur amoureux Abusât du respect d'un roi trop malheureux; Car, puisqu'un tel secret ne saurait plus se taire, (Test loi qui par sa prise a tâché de vous plaire; El, quelque sûr qu'il soit de perdre ici le jour, B est moins prisonnier de guerre que d'amour. Sildt qu'il m'a connu, « Triomphe, Cléomène, » Jfa-t-il dit, « sans combat ta victoire est certaine,

La princesse a donné l'arrêt de mon trépas.

ie la respecte trop pour n'y souscrire pas; ■ El si j*ai pu d'abord suivre une ardeur contraire.

De deux rivaux haïs j'ai voulu la défaire;

M^jj^ ce courroux contr'eux dans mon cœur allumé, I Ne peut avoir d'effet contre un rival aimé. »

Ab, princesse!

ÉRIPHILB.

Poursuis, renonce à ta victoire, Tâche sur ton rival d'en répandre la gloire; Et me Je faisant voir par soi-même vaincu, Reods-le digne d'un prix qui t'était si mal dû.

CLéOMéNB.

Ce prix n*en peut avoir ; mais si, pour y prétendre, Le mérite assez loin de soi pouvait s'étendre. Le ciel qui fait les rois n'en voit point aujourd'hui Qu*ea un si haut espoir il soutint mieux que lui.

BRIPHU.B.

Ta, ta Jouange est froide; et puisque ta faiblesse A louer ton rival lâchement s'intéresse, ie te veux faire voir, pour combler tes souhaits, Qse je sais mieux encor louer que tu ne fais. De tout ce qu'a d'éclat la grandeur de courage, Timocrate lui seul possède l'avantage.

Comme il sait avec gloire en régler la chaleur. Sa prudence est toujours égale à sa valeur ; Partout iJ fait briller une vertu parfaite, r D est illustre et grand, mais il est roi de Crète ; Et pour moi sa naissance est un crime si noir, Que sa mort de mes vœux est le plus doux espoir.

CLBOMÉNB.

Hé bien, madame, eh bien, il faut les satisfaire. De ce roi malheureux la perle vous est chère. Et votre aveugle haine attachée à son rang. Brûle d'en voir le crime effacé dans son sang. Vous l'y verrez, madame, et ma triste victoire D'un spectacle si doux vous assure la gloire; Mais les dieux permettront, pour flatter ses mal-

[heurs, Que malgré vous sa mort vous coûtera des pleurs, Etqu'enfin votre cœur mieux instruit danssa haine, D'uu amour qui le perd haïra Cléomène.

ÉRIPHILB.

Oui, puisque cet ingrat s'obstine à se trahir, Timocrate en efl'et me le fera haïr.

Non, comme tu le crois, d'avoir livré sa tète A la juste vengeance où tout l'État s'apprête, Mais de s'être rendu, pour trop plaindre son sort, Indigne que mon cœur soit le prix de sa morL C'en est assez. Adieu, je vois venir la reine; Tu peux de ma colère appeler à sa haine.

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