SCENE IV ÉRIPHILE, CLÉOMÈNE, CLÉONE
CLÉOMÉNE.
Que vois-je qui m'alarme,ô divine princesse! Âurais-je quelque partdans l'en nui qui VOUS presse, Etdois-je appréhender de mon mauvais destin. Que Cléomène heureux ait causé cechagrio? D'où peut-il être né quand la joie est publique?
ÉRIPHILE
Souffrez une demande avant que je m'explique. Votre courage est grand, et la prise d'un roi Par vous de tout l'État vient de chasser l'eiïroi ; Mais, quoi qu'il se promette après cette victoire, Vous-même assurez-moi de ce que j'en puis croire. Et si je dois en vous, son vaillant protecteur, Admirer un héros, ou craindre un imposteur?
CLÉOMÉNE.
Madame,quî vousdonne unsoupçon qui m'outrage?
ÉRIPHILE
Un bruit fortifié d'un puissant témoignage. Purgez-vous d'un faux roi que, pour nous abuser, Sous un feint équipage on vous fait supposer. Parlez; et dût ma gloire en demeurer ternie, Je vous en croirai seul, est-ce une calomnie? Et l'éclat d'un hymen qui vous doit rendre heureoi, Fournit-il à l'envie un trait si dangereux? Dépêchez, Cléomène, il est temps de répondre. Tu te tais ; c'en e&t trop, lâche, pour te coofoodre : Ton désordre t'accuse, et je vois trop pourquoi Tu voulais de ton rang être cru sur ta foi.
CLÉOMÉNE.
Je suis surpris sans doute; et toute mon adresse Ne peut cacher mon trouble aux yeux de ma prin-
[cessc.
Non que lorsqu'un faux bruit m'ose calomnier, Il ne me soit aisé de me justifier ; Car il n'est pas si vrai que je sois Cléomène, Qu'il l'est que j'ai livré Timocrate à la reine, Qu'un succès favorable a rempli son espoir. Et qu'elle a sur sa vie un absolu pouvoir. Mais ce qui fait ma peine et mes inquiétudes, C'est de vous voir pour lui des sentiments si rudes; Que je n'ose espérer qu'un généreux effort [mort. Vous fasse plaindre au moins le malheur de sa
ÉRIPHILE
Quoi, de celle d'un père un ennemi coupable. D'une lâche pitié m'éprouverait capable?
CLÉOMÉNE.
Hélas I
ÉRIPHILE
Achève, parle, explique tes soupirs.
CLÉOMÉNE.
Comment les expliquer s'ils choquent vos désirs? L'ardeur qu'à vous servir mon courage déploie, Fait sans doute et mes soins et ma plus forte joie; Mais, quoique mon amour l'ait toujours su borner A l'aveu glorieux qu'on vient de me donner,