SCÈNE IV TIMOCRATE, ÉRlPHILE, CLÉONE
TIMOCRATB.
Madame, après mon sort pleinement éclairci, En quelle qualité dois-je paraître ki?
Timocrate aurait-il mérité tant de haine, Qu'il eût de votre cœur effacé Cléomène, Et ce cœur de bonté pour lui si prévenu, L'est-il moins pour un roi que pour un inconnu?
ÉRIPHILB.
Ah ! Puisque ma douleur est forcée à paraître, Pourquoi, prince, pourquoi vous ai-jepu connaître? Pour vous toujours du sort la funeste rigueur A contre mon devoir fait révolter mon cœur. Ce devoir autrefois l'empêchant de se rendre, Pour aimer Cléomène il ne le put entendre; Et maintenant encor, quoi qu'il ose tenter. Pour haïr Timocrate il ne peut l'écouler.
TIMOCRATB. [crtindrc,
Quoi qu'ordonnent les dieux, je n'ai donc rien à Pri ncesse, mon destin est trop beau pour m'en plain-
Et, sans murmure aucun, je m'en verrai trahi, [dre; Si je meurs assuré de n'être point haL
ÉRIPHILB.
Hélas! Pour en avoir la fatale assurance. Fallait-il assouvir une aveugle vengeance, Et sans perdre un héros si grand, si renommé. Ne pouviez- vous savoir si vous étiez aimé?
TIMOCRATB.
Pour le mieux découvrir que pouvais-je plus fairel J'ai su passer deux fois dans le parti contraire; Deux fois ma passion par un discours trompeur, Vous nommant Timocrate, a sondé votre cœur. Avant que de combattre, et depuis ma victoire, J'ai fait agir pour lui tout l'éclat de sa gloire; Mais, loin que mon adresse ait rien gagné survous J'en ai vu redoubler deux fois voire courroux. Et deux fois votre cœur trop rempli de sa haine, Vous l'a fait rejaillir jusque sur Cléomène.