‹ Théatre completChapitre 460 sur 1461 · SCÈNE III BÉRÉNICE, CLYTIË · texte numérisé non relu

SCÈNE III BÉRÉNICE, CLYTIË

r.LYTIE.

Il VOUS promet beaucoup.

BERENICE

Ah, Clytie I II est père.

Et le sang l'abandonne à tout ce qu'il espère; Mais ce flatteur appas, s'il le peut décevoir. Pour éblouir mon âme a trop peu de pouvoir.

CLYTIE

Comme son ordre seul sur l'espoir d'être reine, Vous força d'accepter les vœux de Philoxène, Sans doute il n'est plus rien qu'il voulût épargner

Pour mettre dans son sang la gloire de régner. Non qu'enfin le succès n'en soit toujours à craindre, Mais si d'un sort ingrat vous avez à vous plaindre, Au moins sera-ce un charme à 'votre espoir trahi, Qu'en efl*et vous aurez moins aimé qu'obéi.

BÉRÉNICE

Ah, que tu juges mal des sentiments d'une âme, Quand par l'ordre d'autrui tu fais naître sa flamme, Et pour mieux l'excuser en rejettes Tespoir Sur le trompeur appui d'un aveugle devoir! L'amour dont trop d'orgueil trahirait l'entreprise, Sous d'autres sentiments se cache et se déguise, Et dans nos cœurs séduits s'introduisant pareui, Il nous fait admirer un prince généreux, Comme au respect d'abord sa vertu nous invile, il en soutient l'éclat par un brillant mérite, Notre âme en est émue, et goûte un doux poison Dans l'appas d'une estime où consent la raison, Son aveu l'autorise, on ne s'en peut défendre; Et quand charmé des soins qu'il s'abaisse à nousren- Unpèreveut pourlui qu'on se laisseenflammer,[dre, On ne croit qu'obéir, en efl*et c'est aimer; Et d'un si prompt devoir quoi que Ton se Ogure, Il est toujours amour quand il est sans murmure.

CLYTIE

J'avais cru jusqu'ici dans votre passion

Un peu moins de tendresse, et plus d'ambition.

Comme un lâche intérêt s'en rend inséparable, C'estmal juger de moi que m'en croii^e capable. Non, le prince jamais n'eût mérité ma foi. S'il eût dû son estime au trône plus qu'à sol. Ce n'est pas qu'en effet l'autorité d'un père N'ait été pour sa flamme un appui nécessaire, Mais avant que cet ordre élevât mes désirs, Sans répugnance au moins j'écoutais ses soupirs. On eût dit que déjà l'orgueil de mon courage Cherchait à s'applaudir de cet illustre hommage, Ou plutôt que mon cœur, pour l'oser recevoir, Mendiait en secret le secours du devoir. Et qu'avec son amour étant d'intelligence, Mes vœux hâtaient l'efl'et de mon obéissance.

CLYTIE

Quand par un vrai mérite un beau feu se soutient, Il est bien malaisé... Mais la princesse vient.

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