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PHILOXÈNE, ARAXE

ARAXE

Quoi, seigneur, ma présence a chassé Bérénice? En craint-elle un obstacle à ses doux entretiens, Où vos vœux tant de fois ont mérité les siens?

PHILOXÈNE

Plût au ciel que toujours Araxe m'en crût digne

ARAXE

Vous faites un souhait dont ma vertu 8'indigne, Et mon zèle pour vous la devrait garantir De l'injuste soupçon d'un lâche repentir.

PHILOXÂMB.

Mon amour est timide, et craint d'en trop attende

ARAXE

Ce zèle est toujours ferme, et peut tout entreprendra

PHILOXÉNB.

Un revers imprévu peut le voir chanceler.

ABAXB.

U n'en est point, seigneur, qui le pût ébranler.

BÉRÉNICE, ACTE III, SCÊiNE II.

PHILOXÂNB.

Si toute la Lydie ordonnait ma disgrâce?

ARAXB.

Sans en craindre l'effet j'en verrais la menace.

PHILOXÈNB.

Hais si d*an noir destin l'implacable rigueur Par la perte d'un trône achevait mon malheur? Si le roi, si l'État...

ARAXK.

Perdez sceptre, couronne.

Lesdieux étant pour vous, il n'estrien qui m'étonne. Que le sort à son gré cherche à vous éprouver, Quoi qu'il ose aujourd'hui, j'ai de quoi le braver, Et vous devez enfin connaître par ma joie U surprenant bonheur que le ciel vous envoie.

PHILOXÈNB.

Quel bonheur?

ARAXB.

U est tel, qu'on n'eût osé prévoir Qa'à vos yœux sa justice en pût souffrir l'espoir.

PHILOXÈNB.

Ce discours est obscur, faites qu'il s'éclaircisse.

ARAXB, lui donnant un billet.

En croîrez-vous, seigneur, ce billet de Phénice?

PHILOXÈNB.

Pbéaice, dites-vous? Quoi, celle à qui le roi, Avant qu il fût au trône, avait donné sa foi, Et dont l'hymen à peine autorisait la flamme. Que gagnant un empire il perdit une femme?

ARAXB.

Oui, cette infortunée entre tous ses sujets Qu'Antaléon trois ans tint captive au palais, Et qui, femme de roi, sans se voir jamais reine. Finit dans sa prison et sa vie et sa peine.

PHUiOXÈNB, /{/.

a Ne craignez plus enûn le nom d'usurpateur, La mort du jeune Alys vous acquiert la Phrygie; Le bruit qui le fait vivre est un bruit imposteur. Puisque par un naufrage il a perdu la vie.

«« Araxe en est témoin, ce fidèle sujet. Qui vous l'est d'autan t plus, qu'il fei nt d'être infidèle, El qui, pour mieux détruire un coupable projet. Du traître Antaléon suit le parti rebelle.

<* Jugez de mon malheur sans son heureux secours, Quand je me connus grosse aussitôt que captive. Son soin d'un fruit si cher a conservé les jours, Et vous garde un trésor dont son malheur le prive.

« Sa femme en mômejour accouchant d'un fils mort. Pour sienne aux yeux de tous prit ma fille naissan- El, sans qu 'Antaléon en connaisse le sort, [te ; 0>mme fille d' Araxe il la soufi're vivante.

m Je meurs après trois ans de prison et d'ennui^ Et laisse entre ses mains ce billet pour indice; Varlui l'État saura qu'il s'est fait son appui, Oue sa fille est la vôtre, et son nom Bérénice.

t' PHÉXir.K. »

Et son nom, Bérénice! Ah! Que m'apprenez -vous?

ARAXE

Que le ciel vous prépare un destin assez doux. Et qu'ôtant tout obstacle à l'amour qui vous presse, Il montre en Bérénice une illustre princesse. Mais quoi, dans un bonheur qui comble vos désirs TI semble qu'en secret vous poussiez des soupirs? Est-ce que votre amour ne souffre qu'avec peine. Que sans lui Bérénice ait le titre de reine. Et que sa pureté se doive soupçonner Lorsque d'elle il reçoit ce qu'il croyait donner?

PHILOXÈNB.

Que sa fille est la vôtre, et son nom Bérénice? Dieux! Mais j<nmaisle roi n'eut d'enfants de Phénice.

ARAXB.

Il ne l'a jamais su, du moins; et jusqu'ici Ce secret à garder a fait tout mon souci. Mais, seigneur, si votre âme en veut être éclaircie, SoufFrez-moi le récit des troubles de Phrygie, Lorsque le jeune Atys, dès l'âge de six mois. Parle droit de naissance y dispensa ses lois.

PHILOXÈNP.

Je sais que votre roi qui n'était que Léarque, Fut élu pour tuteur à ce jeune monarque. Et qu'héritier d'un trône à son zèle commis, Il eut à soutenir de puissants ennemis; Que l'armée, au sortir d'une entière victoire, Par sa rébellion en obscurcit la gloire. Et lasse d'obéir aux ordres d'un enfant, Aima mieux pour son maître un prince triomphant, Que de ce titre en vain s'étant voulu défendre, Léarque incontinent fut contraint de le prendre, Lorsque déclaré traître et criminel d'État, Il vit qu'Antaléon le forçait au combat. Et que dans la fureur de cette âpre tempête II fallait, ou se perdre, ou couronner sa tète ; Que quoiqu'apparemment sa femme entre vos

[mains Lui pût servir d'obstacle à d'injustes desseins, Dans ces confusions craignant pour votre maître. Avec le jeune Atys vous sûtes disparaître. Et cherchant à le mettre en lieu de sûreté. Vous vîtes dans les flots son sort précipité. Mais je ne comprends point par quel secret mystère Bérénice vingt ans a mal connu son père.

ARAXB.

Hélas! Mon zèle seul, par un trop prompt effroi, Perdit le jeune Atys, cet enfant déjà roi; Et pour mettre ses jours à l'abri de l'orage, Je les précipitai dans un cruel naufrage. Notre vaisseau brisé fut englouti des flots. D'où poussé par hasard aux rives de Lesbos, Sans savoir quel secours m'avait sauve la vie. Le cœur outré d'ennuis, je repasse en Phrygie, Où, fort du nom d'Atys contre le nouveau roi, Celui d'Antaléon jetait partout l'effroi. Ce fut en ce temps-là qu'apprenant le naufrage Qui du trône à Léarque assurait l'avantage. Ce cœur ambitieux ne sut plus me cacher

BÉRÉNICE, ACTE III, SCÈNE UI

Que réclat de ce trAne avait su le toucher; Que feignant qu'en lieu sûr lejeuneAlys respire, Je m'acquérais un titre à partager l'empire. Et qu'il m'était permis, sans blesser son honneur, D'en usurper les droits sur un usurpateur. Le voyant trop puissant, voyant dans Apamée Phénice avec ma femme au palais enfermée, Je crus qu'il valait mieux, pour bien servir mon Le laisser quelque temps en doute de ma foi. [roi, Je dissimulai donc une mort trop certaine, Atys fut cru vivant, excepté de la reine, A qui de mes desseins ne déguisant plus rien, Mon secret confié, je méritai le sien.

De celte déplorable et captive princesse, Jugez avec quel soin je cachai la grossesse. Sachant qu'Antaléon, dans la soif de régner, Pour en perdre le fruit n'eût pu rien épargner. Par ce billet, seigneur, vous avez su le reste. Notre échange suivi d'un malheur trop funeste, Puisqu'on sait que ma femme étant morte d'abord, Deux ans après la reine éprouva môme sort. Je ne vous parle point de mes secrètes brigues. Qui, contre Antaléon formant de sourdes ligues. Me mirent en état, après quatre ans d'appui. De m'oser, pour le roi, déclarer contre lui. Vous savez que d'Atys la perte déclarée Rendit des plus mutins la défaite assurée. Et que dans Apamée, avecque peu d'effort. Par ce bruit répandu je me vis le plus fort ; Qu*Anlaléon contraint de quitter la Phrygie, Nous a brouillés quinze ans avecque la Mysie, Qu'il l'arma contre nous, et que sa prise enfin Par vous seul aujourd'hui nous soumet son destin. PHiLoxÉNE. [prudence

Mais pendant ces quinze ans, par quel trait de De Bérénice au roi déguiser la naissance?

ARAXE

N'ayant plus ce billet quand je pus voir le roi, Mou rapport aurait-il mérité quelque foi? Tandis que j'apaisais quelques mutineries, Je le perdis, seigneur, avec mes pierreries. Qu'au château d'Apamée on me sut enlever Avant qu'en cette place on le vît arriver; Et comme enfin ce prince, en quittant la princesse. Avait aussi bien qu'elle ignoré sa grossesse, N'eût-il pas présumé que l'espoir de son rang Eût fait à mon orgueil désavouer mon sang. Et que l'ambition séduisant la nature.

Pour couronner ma fille eût admis Timposture? J'allais m'ouvrir pourtant d'un secret trop caché. Quand d'un juste remords Antaléon touché. Maître de ce billet qu'on m'avait pu surprendre. Avant que d'expirer, a voulu me le rendre.

PHILOXèNB.

Je vous le rends moi-même; allez, Araxe, enfin, Allez de Bérénice éclaircir le destin.

Elle est digne du trône où ce revers l'appelle; Courez porter au roi cette heureuse nouvelle. C'est trop lui dérober...

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