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LE ROI, BÉRÉNICE, ARAXE, CLYTIE

LE ROI, tenant le billet d^ Araxe.

Oui, ma fille, le sang par un vif caractère Me traçait dans tes yeux l'image de ta mère; Et ces aimables traits imprimés dans mon sein. Cherchaient à prévenir ce gage de sa main : Mais, sans un tel secours, la nature muette Ne pouvait de son sort se faire l'interprète. Et son aveuglement affaiblissant ses droits. Lui faisait dans mon cœur méconnaître sa voix.

BÊRéNICE.

Pour s'expliquer au mien, souvent avec adresse Elle a su de mon zèle emprunter la tendresse ; Et j'ai cent fois, Seignenr, répondu malgré moi. Par un respect de fille, aux bontés de mon roi. Mais après vos bienfaits versés en abondance. J'imputais cet effet à ma reconnaissance ; Et mon cœur, que par là mon destin abusait. Pensait l'entendre mieux, plus il se déguisait.

LE ROI

0 Phénice! 0 billet de la main la plus chère, Qui d'un roi malheureux put faire un heureux père? Enfin vingt ans passés en troubles intestins : Nous ouvrent une voie à de meilleurs destins : Nous voyons à l'État Bérénice rendue.

Araxe, c'est à toi que la gloire en est due; Je lui donnai la vie, et ton zèle à son tour A su lui conserver et le sceptre et le jour.

ARAXE

Seigneur, par ce récit vous découvrez sans peine Ce qui m'a fait tenter l'hymen de Philoxène. Ce billet me manquant, il fallait faire effort Pour porter vos sujets à croire mon rapport;

BÉRÉNICE, ACTE IV, SCÈNE II

El je n*y pouvais mieux préparer la Phrygie, Qu'en mettant Bérénice au trône de Lydie. Alors quel intérêt m'aurait fait soupçonner De confondre son sort pour la voir couronner, Puisque reine déjà, cette lâche imposture, M'en dérobant la gloire, eût trahi la nature.

LE ROI

Jamais avec plus d'heur un fidèle sujet Ne fît pour sa princesse un généreux projet; Cet hymen l'assurait d'une double couronne, La justice du ciel autrement en ordonne ; Mais, de quelque bonheur qu'il semble me flatter, Pour bien goûter ma joie il faut trop l'acheter. J'en sens, je le confesse, une secrète gêne. Quand je vois que sa cause accable Philoxène, Et que, lui devant tout, l'intérêt de l'État, Pour me souffrir heureux, me force d'être ingrat. En vain, ma fille, en vain ton amour m'a su plaire. Qui put tout comme roi, ne peut rien comme père ; Et le droit qui me fit disposer de ta foi. Lorsque je te suis plus, semble être moins à moi.

BËRBNICB.

Seigneur, à cet amour j'ai souffert trop d'empire Pour cacher ma faiblesse, ou m'en vouloir dédire; Mais, comme son effort par mon cœur combattu Employa mon devoir pour gagner ma vertu, Il saura bien encore en repousser les charmes. Quand ce même devoir lui fournira des armes ; Et si, pour mon repos, je ne puis l'étouffer, Pour le bien de l'État j'en saurai triompher.

LE ROI

Les dieux me sont témoins avec quelle contrainte Je porte à top amour une si rude atteinte. Philoxène en lui seul montre un brillant amas De tout ce qu'on admire aux plus grands potentats; Et ta main, dont chacun va briguer la conquête. Ne saurait couronner une plus digne tête; Mais comme un étranger ne peut, suivant nos lois. S'il n'est né dans le trône, aspirer à ton choix, Vouloir en sa faveur en violer l'usage. C'est replonger l'État dans un nouvel orage. Qui, mettant aux mutins les armes à la main. Du plus puissant enfin peut faire un souverain.

ARAXE. [di*e.

Dans ce grand changement son malheur esta plain- Maisce n'est pasdelui que forage estàcraindre.

LB ROI

Qui pourrait l'exciter lorsque tout m'obéit?

ARAXE

Anaxaris, seigneur, que ce revers trahit,

Et qui dans ses desseins n'aura rien qui f étonne.

S'il se voit arracher l'espoir d'une couronne.

LE ROI

Tu connais mai, Araxe, un cœur comme le sien, Il est trop généreux pour entreprendre rien; Et si l'ambition est ce qui finquiète.

Par l'hymen de ma sœur elle est trop satisfaite.

ARAXE

liC rang dont il l'assure a toujours un défaut.

Il est bien élevé, mais le trône est plus haut.

LE ROI

Qui faitnattre en ton cœur ce soupçon qu'il déploie!

ARAXE

Ce que vous avez vu qu'on a montré de joie, Lorsque parmi le peuple on a su qu'aujourd'hui Vous portiez Philoclée à s'expliquer pour lui. On voit depuis longtemps sa faveur confirmée Disposer du palais ainsi que de l'armée : Par là, de quoi qu'il ose il peut venir à bout; Et pour régner, seigneur, qui peut tout, ose tout.

LE ROI

Le zèle qui l'anime est plus pur qu'on ne pense; Et, s'il faut t'en donner une entière assurance, Quoiqu'il m'eût avoué qu'il brûlât pour ma sœur, Apprends que son respect suspendit cette ardeur, Et que m'en osant faire un noble sacrifice. Il s'offrit à mon choix d'épouser Bérénice. Vois par là si le trône attire tous ses vœux.

BÉRÉNICE

Ce genre de respect, seigneur, est bien douteux. Il savait que mon cœur fidèle à Philoxène, Uendrait par mes refus sa déférence vaine; Et sur mon intérêt pouvant régler le sien, A vous montrer son zèle il ne hasardait rien. Ce n'est pas que je veuille imputer à sa flamme Qu'un téméraire orgueil l'ail fait naître en son àmc; Il aime Philoclée, et je dois présumer Que f on aime en effet quand on avoue aimer : Mais si ce que je suis m'attirait son hommage, Permettez-moi, seigneur,d'en repousser l'outrage, Et de lui faire voir, comme fille de roi, Qu'un lâche ambitieux est indigne de moi.

LE ROI

Va,necrainsrien d'un père, et d'un père qui t'aioïc, Tu te dois à l'État, je te rends à toi-même; Et, quelque appas pour toi que Philoxène ait eu, J'abandonne ton cœur à ta propre vertu. Mais c'est trop différer à le faire connaître. Il faut enfin te rendre à ce que tu dois être. Viens, Araxe, il est bon, dans un succès pareil, Pour plus de sûreté, d'assembler mon conseil. Ce billet de son sort fait la preuve infaillible; Sans doute qu'à ma sœur le coup sera sensible : Mais quand Anaxaris se voudrait emporter. Elle a trop de vertu pour n'y pas résister.

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