‹ Théatre completChapitre 481 sur 1461 · SCÈNE II BÉRÉNICE, ANAXARIS, IPHITE, CLYTIE · texte numérisé non relu

SCÈNE II BÉRÉNICE, ANAXARIS, IPHITE, CLYTIE

BÉRÉNICE

Quoi, venir sans le roi?

ANAXARIS.

N'en soyez pas en peine, H donne encor quelque ordre avecque Philoxèoft Cependant tout est calme; et, l'orage cessé. Pour vous en avertir je me suis avancé.

BÉRÉNICE

Sans doute à votre zèle on doit ce grand ouvragel

ANAXARIS.

Madame, j'ai lâché de faire davantage;

Et si pour moi le peuple eût dompté soncourrooij

Philoxène aujourd'hui serait digne de vous.

Vi ngt fois j'ai fait ouïr qu'on ne pouvait sans a\à

Défendre à son amour un espoir légitime.

Et qu'il était permis de violer nos lois

En faveur des héros, aussi bien que des rois;

Mais des raisons d'État font que chacun s'obstin<

L'hymen d'un étranger en ferait la ruine.

Et l'indignation ferait armer soudain.

Tous ceux que peut flatter l'espoir de votre mait

BÉRÉNICE

Cet effort est l'effet d'une vertu sublime.

ANAXARIS.

Il semble assez payé puisqu'il a votre estime; Mais c'est peu que pour vous il paraisse entrepri Votre cœur , quoi qu'il pense, en con natt mal le prii Et je le perds sans doute à souffrir qu'il ignore Que je sers Philoxène, et que je vous adore.

Moi?

ANAXARIS.

Déjà dans vos yeux je lis voire courroux; Mais enfin je vous aime, et je n'aime que vous: Et peut-être, madame, après un long martyre, Il me doit être au moins permis de vous le dire Je sais que cet aveu, malgré tout mon respect, A n'examiner rien, vous peut être suspect; Mais, avant qu'écouter une aveugle colère, Instruisez votre cœur de ce que j'ai su faire; Et, si de mon audace il trouve à s'offenser. Voyez à quoi pour vous le mien s'est pu forcer A vos seuls intérêts donnant toute mon âme,

BÉRÉNICE, ACTE V,, SCÈNE IV

Ea vain l'appui du roi semble assurer ma flamme, Ten détruis tout Tespoir plutôt que vous priver Da rang où Philoxèae aime à vous élever. Je fais plus. Ma vertu redoutant ma faiblesse, Me contraint d*eD gager mes vœux à la princesse, AÛQ que de son choix m'étant montré jaloux, Je n'ose plus prétendre à m'expliquer pour vous. Aujourd'hui par Thymen votre bonheur s'assure ; Vous l'avez souhaité, je le vois sans murmure, f ^otre sort tout à coup avec éclat changé, * le fait Toîr de sa foi votre amour dégagé : Loin d'en flatter le mien contre un parti rebelle, Je cours de Philoxène embrasser la querelle. Cl pour le rendre heureux, par un cruel effort, k travaille moi-même à l'arrêt de ma mort. Héias ! Pourriez-vou s bien, après tant de contrainte, Don amour si soumis désapprouver la plainte? EL,quoiqu'ii vous surprenne, est-ce uncrimeàmon De n'avoir plus d'obstacle et d'espérer un peu ? [feu

BÉRÉNICE

rai gardé le silence, et je m'y suis forcée, Pour Toir où tu portais une ardeur insensée, 1 El pénétrer l'orgueil qui tâche à t'élever

Où ta fausse vertu ne saurait arriver.

Booc, rendre à ton amour la princesse propice, CéUit de ton repos me faire un sacrifice; £1 tu donnais ton cœur de peur que malgré toi U n'osât me déplaire en s'échappaot vers moi. Ta voulus par maxime agir contre toi-même; Certes Texemple est rare, et le respect extrême ; El j'en tiendrais l'effort digne d'être admiré, Si l'intérêt du trône en était séparé : ; Mais vers nous, tour à tour, son seul éclat t'appelle, I Tq le cherches en moi quand il n'est plus en elle. ' Qaoi que tu puisses dire, un véritable amant

Quand son amour est pur, jamais ne se dément; i S'il voit qu'à s'expliquer ses vœux puissentdéplaire, : Sans les poiier ailleurs, il les force à se taire ; î n, pour charmer ses maux, c'est assez d'espérer

• Qoe du moins en mourant il pourra soupirer.

ANAXARIS.

* D'on triomphe trop bas vous dédaignez la gloire; Mais si je ne vous aime...

BÉRÉNICK.

Hé bien, je le veux croire, Et plus juste pour toi qu'on n'eût pu présumer ; Je consens même encor que tu m'oses aimer.

ih! Ce n'est qu'à vos pieds...

BÉRÉNICE

Ne fais point de bassesse:

L'amour dans les grands cœurs, hait ces molles ten

Et, quoi que sur le tien il ait pris de pouvoir,

Je te donne l'exemple, ose le recevoir.

/'aime : ma lâcheté serait sans doute extrême, h Si je cessais jamais d'aimer autant que j'aime; , lais quand de mon devoir Tinexorable loi

ftérobe à Philoxène et mon cœur et ma foi,

Quoiqu'en dépit du sort toutmon cœur lui demeure. Sous l'effort du silence il est beau que je meure, Plutôt que mon amour, dans ce cœur renfermé. Lui laisse découvrir qu'il soit encore aimé. Voilà les sentiments que la gloire m'inspire. Prends-les pour règle aux liens, aime sans en rien Et tandis qu'en secretje saurai soupirer, [dire; Si j'ai part dans tes vœux, laisse-moi l'ignorer : La contrainte pour toi sera d'autant moins rude. Que déjà ton amour en a pris l'habitude. Et qu'à taire sa flamme un cœur accoutumé. Peut renoncer sans peine à l'espoir d'être aimé.

ANAXARIS.

J'y renonçais pour vous, quand l'heureux Philoxène D'un légitime espoir pouvait flatter sa peine; Mais, puisqu'indigne enfin d'un bien qu'il doit quit- BÉRÉNICE. [ter...

Et par où mieux que lui crois-tu le mériter? Est-ce par ton orgueil dont je hais la maxime? Est-ce par ton amour dont je connais le crime? Est-ce enfin parles nomsque tu prends hautement, D'ambitieux sujet, et d'infidèle amant ? Règle mieux un transport indigne de paraître. Si tu me connais mal, tâche de te connaître ; Et sans trop espérer de l'appui de ton roi. Vois encor quelque espace entre le trône et toi.

ANAXARIS.

Ah! Madame, c'est trop...

BÉRÉNICE

Oui, c'est trop te contraindre:

Ne pouvant être aimé, cherche à te faire craindre; Dis que par loi l'État se laissant gouverner. Tu demandes un bien que tu te peux donner ; Dis que le roi lui-même, approuvant ton audace. M'exclura de ce trône, ou l'y donnera place. Mon cœur de ton pouvoir concevrait quelque effroi. S'il t'estimait assez pour rien craindre de toi.

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