‹ Théatre completChapitre 50 sur 1461 · SCÈNE I D. FADRIQUE, ISABELLE, CIJVRÏN · texte numérisé non relu

SCÈNE I D. FADRIQUE, ISABELLE, CIJVRÏN

D. FADRIQUE.

Madame, enfin cessez de vous inquiéter, Un amour si constant n*a rien à redouter; Et sans doute le ciel ayant uni vos âmes, Lèvera tout obstacle à de si belles flammes. Don Félix avec joie apprenant son erreur, A soudain condamné sa jalouse fureur; Et l'âpre déplaisir où son remords l'expose. Ne le punit que trop du malheur qu'il vous cause.

ISABELLE

Il sait mon aventure?

D. FADRIQDE.

Oser la déguiser, Eût-ce élé le moyen de le désabuser ?

Par respect toutefois j'ai tu le nom d'Elvire.

ISABELLE

Il tarde si longtemps que mon cœur en soupire : Tout me parait à craindre en l'état où je suis.

O. FADRIQUE.

C'est qu'il cherche un remède à vos tristes ennuis : Au moins m'a-t-il parlé de voir une parente, De votre amour secret unique confidente. Chez qui vous assurer un refuge au besoin.

ISABELLE

Déjà par Béatrix j'en ai su prendre soin; Je l'y viens d'envoyer.

D. /ADRIQUE.

Si cela vous soulage.

Sachons ce qui l'arrête, il ne faut qu'un message.

(À Clarln.)

Va, cours chez don Félix, et lui dis de ma part...

CLARIIf.

Moi, monsieur?

D. FADRIQUE

Qu'il se hâte.

CLARIN.

Il n'est pas encor tard, Monsieur, il va venir.

D. FADRIQUE.

Et qu'il vienne en carrosse.

CLARIN.

Je n'ai qu'à m'appréter, je vais être de noce.

D. FADRIQUE.

Que dis-tu ?

Qu'il s'en va m'étriller haut et bas.

D. FADRIQUE.

L6 maraud !

CLARIN.

Ah, monsieur, ne le connais-je pas?

Si pour quatre soufflets j'en pouvais être quitte...

D. FADRIQUE.

Tu raisonnes encor?

CLARIN.

Non, c'est que je médite.

S*il n'est point à propos que je coure au barbier L'avertir que je vais me faire estropier. Et qu'il ne quitte point d'aujourd'hui la boutique : J'espère lui donner assez bonne pratique.

D. FADRIQUE.

Prends garde qu'à la fin...

CLARIN.

Je croîs que le voici.

Comme il frappe !

D. FADRIQUE.

Ouvre tôt. Madame, entrez ici ; Et pour vous et pour moi la surprise est à craindre.

{habelle entre dans un petit cabinet,) Mais que vois-je ! 0 malheur, que tu me rends à

[plaindre!

D. FADRÎQUE, ELVIRE et CÉLïE. ayant leur coiffe abattue, CLARIN.

D. FADRIQUE.

Quoi, madame, c*est vous?

ELVIRE

Voyez par les effets Si je sais m'acquitter de ce que je promets; Vous en aviez reçu ma parole pour gage, Et je n'ai pas voulu différer davantage A donner cette joie à votre esprit confus D'avoir eu sur ce point déjà tant de refus : Confessez-le pourtant, votre âme en est surprise.

D. FADRIQUE.

Oui, je vous avouerai, madame, avec franchise, Que je n'espérais pas vous voir sitôt ici.

ELVIRE

Aussi ce qui m'amène est un pressant souci : On m'a dit qu'aujourd'hui vous aviez eu querelle.

D. FADRIQUE.

Qui vous a pu déjà dire cette nouvelle?

ELVIRE

Suffit que je la sais, et que même on m'apprend Qu'une dame a causé tout votre différend : Mon âme à ce rapport de douleur s'est saisie ; Et quoiqu'il soit trop tôt d'entrer en jalousie, L'amour que j'ai pour vous m'a fait résoudre enfin A venir m'informer quel est votre destin, [orage? Parlez-donc, qu'ai-je à craindre en un si prompt Mais quel trouble confus paraît sur ce visage? Je vous trouve inquiet, vous ne me dites rien :

{Bas à Célie,) Mon abord vous déplaît sans doute? Tout va bien,

LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE V, SCÈNE IIIl

Gélie, et sa froideur m*est un témoin fidèle Qu'il parlait tout de boo tantôt chez Isabelle.

D. FÂORIQUB.

Par mille empressements vous avez pu savoir Avec combien d'ardeur j*ai souhaité vous voir, Et que depuis le temps de notre intelligence J'ai soupiré toujours après votre présence ; Mais je vous le confesse à ma confusion, Elle m'est incommode en cette occasion.

Et ce serait me faire une faveur insigne, Que me priver d'un bien dont je m'avoue indigne. Cet accueil vous surprend, il me confond aussi, Mais enfin j'ai sujet de vous parler ainsi.

BLVIRE.

Mon amour attendait plus de reconnaissance ; Mais puisque le mépris en est la récompense, Vous n'aurez jamais lieu de vous rire de moi.

D. FADRIQUB.

Telle est de mon destin l'impitoyable loi ;

Aussi méritant peu Thonneur que vous me faites.

Bien loin de demander à savoir qui vous êtes...

BLVIRB.

Je mourrais de regret si vous l'aviez appris.

{Ba$ à Célie.)

Allons. Que de douceur pour moi dans ce mépris !

D. FAORIQUB.

Enfin elle s'en va. L'importune visite.

Qu'à peine...

CLARIN.

Vous croyez trop tôt en être quitte, Elle revient.

BLVmB.

Hélas!

D. FADRIQUB.

Madame, qu'avez-vous?

BLVIRE.

Que le ciel contre moi témoigne de courroux I Un ami vous vient voir, et je serais perdue S'il fallait par malheur que j'en fusse connue : Qu'on l'arrête un moment.

D. FADRIQUB.

Va, cours vite, Clarin, Ce sera don Félix.

Page 1