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LA MORT DE L'EMPEREDR COMMODE, ACTE II, SCÈNE III

ÉLECTUS. [moi ;

Bélas ! C'est peu pour vous, mai» c'est beaucoup pour

Ei^paisqu'enfia le mieo succombe à ma faiblesse.

Tout ce que j e demande au tourment qu i me presse,

Cestque tous consentiez à plaindre un malheu-

[reux Que poursuit sans relâche un destin rigoureux, Qui cherche malgré lui ce qu'il faut qu'il évite. Qui voit un gouffre ouvert, et qui s'y précipite; B qu'enfin abandonne à tout votre courroux Ll&dispensable loi de soupirer pour vous.

MARaA.

Qoe m'osez-vous apprendre, Électus?

ÉLECTUS.

Ah I madame, DQà votre vertu s'indigne de ma flamme : Et j'avais bien prévu qu'avec trop de rigueur SoQ intérêt contre elle armerait votre cœur; Mais si je suis coupable en suivant votre empire, C'est moins d'oser aimer, que d'oser vous le dire ; El le plus fier scrupule examinant mon feu, .Vy saurait condamner qu'un indiscret aveu. Bm'échappeyetma mort sans doute est légitime, ^ d'un crime forcé l'apparence est un crime. Fta viens presser l'arrêt, mais il m'est rigoureux. Si je meurs criminel plutôt que malheureux, Et sf ce feu qui régne en ce cœur qui vous aime Porte un crime en son nom qu'il n'a pas en soi- MARciA. [même.

S'il est vrai que ce cœur, trop prompt à s'enflam- Au peu que j'ai d'appas se soitlaisSé charmer, [mer, Si de vos vœux secrets il m'a soumis l'hommage, Tous me deviez au moins déguiser cet outrage, & ne me forcer pas à dégager le mien [tien. D'une estime où vos feux prendraient trop de sou-

ÉLECTUS.

Quoi, madame, il se peut que vous nommiez injure Une ardeur si parfaite, une flamme si pure. Qu'il semble qu'en effet rien n'en approche mieux One le profond respect que nous devons aux dieux ? L'amour n'a rien en soi que de grand , que d'illustre, ihi^nd un lâche motif n'en ternit point le lustre. Et que )e propre amour, qui le suit pas à pas, Emploie à le corrompre un inutile appas. [me? Le pouvez-vous mieux voir qu'en celui qui m'ani- U vous offre en mon cœur une pure victime, Cn cœur qui d'intérêt pleinement dépouillé, iTaocun regard vers moi ne l'a jamais souillé. I (Moiqu'il brûlât pour vous, il a bien su le taire Voyant que Tempereur s'efforçait à vous plaire; K que ce trône auguste où l'ont placé les dieux OSrut à vos désirs un appas glorieux.

Poar seconder Pespoir qu'il vous enafait prendre, ^tt'ai point craint la mortque j'en devais attendre, ^ooft m'avez condamné, j'ai su vous obéir. On l'a vu balancer, on m'a vu me trahir, ^û pressé, combattu, remporté la victoire, ^toais pour mon repos, toujours pour votre gloire; ^ Q zèle infatigable a soutenu ma foi,

Sans cesse tout pour vous, et jamais rien pour moi. Jugez par ces efforts où ma vertu m'engage. Si l'amour qui m'enflamme a pu vous faire outrage. Et si dans le respect qui l'ose metire au jour. Vous y pouvez blâmer que le seul nom d'amour.

MARCIA

Je ne sais s'il n'a rien qui soit plus condamnable, Mais je sais que j'écoule, et qu'il en est coupable, Puisqu'un charme secret que j'ai peine à bannir, Me force â la pitié quand je devrais punir.

ÉLECTUS.

Ah ! Madame, il est vrai, je suis un téméraire

D'oser séduire ainsi votre juste colère,

Et de venir surprendre en vos sens abusés

Quelque pitié des maux que vous m'avez causés.

Aussi j'en trouverais l'audace illégitime,

Si ma mort n'allait pas en expier le crime,

Et si de l'empereur l'hymen par moi pressé

Ne m'en faisait pas voir le coup plus avancé.

Au moins ai-je eu mourant une douceur extrême

D'osercroire qu'un jourvous direz en vous-même.

Plaignant de mon amour le malheur éternel;

« Électus en m'aimant ne fut point criminel.

Il suivit seulement un ordre inévitable

Qui le força d'aimer ce qu'il connut aimable;

D'une vertu brillante il vit en moi l'appaSr

Il n'était pas en lui de ne l'adorer pas.

Sans espoir, sans désirs, sa passion fut pure,

Il souffrit sans se plaindre, il languitsans murmure,

D'aucun propre intérêt il ne fut ébranlé.

Et fût mort innocent s'il n'eût point trop parlé. »

MARCIA

Quoi que l'amour ait pris de pouvoir sur votre âme. Le temps vous fera voir...

ÉLECTUS.

Il ne peut rien, madame; Et ce ne fut jamais dans les maux importants Qu'on eût droitd'espérer quelque chose du temps.

MARCIA

Au moins, en vous fuyant, j'empêcherai peut-être Que du vôtre à me voir l'aigreur ne puisse croître, Ce remède est pour vous le seul à souhaiter. Et je m'éloigne exprès afin de le hâter.

ÉLECTUS.

Ah! Neme quittez point, et quemon mal s'aigrisse, Madame, au nom des dieux. .. Hélas,quelle injustice, Rien ne l'arrête, 6 ciel ! 6 destins conjurés l

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