SCÈNE II COMMODE, HELVIE, FLAVIAN, JUUE, suite
DE l'empereur.
COMMODB.
le, à vos refus je viens ici moi-même lonner encor Thonneur du diadème, aoumettre au dédain qu'expliquent vos regards rnpérîeux orgueil du trône des Césars.
tel aveu sans doute à votre humeur altière d'un beau triomphe une illustre matière ;
c'est pour Tétaler aux yeux de l'univers,
d'en pouvoir vanter le maître dans vos fers.
l'y voyez, madame, et son amour profonde
it de vous les lois qu*il donne à tout le monde :
forcez un pouvoir qu*il se crut conserver,
fûtes te destin de qui l'osa braver, dans ce que je suis, ma volonté sans peine,
réglait jusqu'ici la balance incertaine;
U^re d'un être, approchant du divin, ttvseUait à mes vœux le choix de mon destin.
Bm est plus ainsi, vous en êtes l'arbitre, vous de souverain je n*ai plus que le titre,
je fais vanité d'abaisser à vos pieds
ière majesté du trône où je m'assieds.
pouvez de moi-même en rejeter l'hommage, songez que l'amour est sensible à l'outrage,
qu'à se trop permettre on peut tout hasarder,
iDd l'esclave qui prie a droit de commander.
HELVIE.
leur, de quelque orgueil que je sois soupçonsonviens toujours de ce que je suis née, [née, je rendrai sans cesse au rang que vous tenez plus profonds respects qui lui soient ordonnés. Tobligation de cette déférence devoir plus étroit n'a rien qui me dispense. Il sévérité de ses plus rudes lois l'oppose aucun obstacle à ce que je me dois. lit connaîtrais mal si, pour oser vous croire, Ba crédulité j'abandonnais ma gloire, souffrais que par moi Pertinax abusé nouveaux affronts fût encore exposé, l'éclat dont son nom par ses actions brille, avantage seul est de me voir sa Ûlle ; R dans M arcia c'est peu pour votre foi^ ifOBS l'y dédaignez, que ferlez-vous en moi?
COMIfODE.
Letns auprès de vous a mal servi ma flamme, |f ce faible scrupule alarme encor votre âme, [ue pour l'étouffer il a dû vous offrir que pour Marcia je n'ai pu me souffrir, soins à reculer toujours mon hyménée trop d'engagement marquaient ma foi gênée; n'appréhendez point qu'un feu trop inconstant 'Krobe à votre espoir la gloire qu'il prétend.
Avant que de céder, avant que de me rendre. J'ai longtemps contre vous tâché de me défendre ; Mais je me vois contraint d'avouer mon vainqueur, Et je lui viens offrir et mon trône et mon cœur. L'un est à vous déjà, pour vous assurer l'autre L*hymen peut dès demain unir mon sort au vôtre, Consentez-y, madame, et, dans des vœux si doux, Faites un peu pour moi, quand je fais tout pour
HELVIE. [vous.
Vous faites trop, seigneur, et je serais injuste Si j'osais abuser un empereur auguste, Et monter dans un trône où son espoir trompé Se plaindrait d'un empire à faux titre usurpé. Pour mériter ce rang que votre amour m'apprête, II faudrait que mon cœur devint votre conquête ; Et, quelque vaste éclat qu'il Ht sur moi tomber, Jaime mieux n'être rien que de le dérober.
COMMODE. [autre,
Quoi, quand l'amour du trône a pouvoir sur tout C'est peu que vous l'offrir pour mériter le vôtre. Et l'univers entier dans celte offre compris D'un cœur que je demande est un indigne prix ? Ce que l'ambition a de plus puissants charmes. Pour vaincre sa fierté n'a que de faibles armes? Si du maître du monde il dédaigne la loi, A qui donc se soumettre?
HELVIE.
 moi, seigneur, à moi.
Les dieux m'en ont donné l'empire pour partage. Mes respects seulement vous en doiventl'hommage; Et du plus fort pouvoir, quel que soit l'ascendant. Cet hommage rendu le laisse indépendant.
COMMODE
Enfin, madame, enfin je commence à connaître Que j'ai tort de prier, pouvant parler en maître; J*en ai le droit, madame, et l'orgueil le plus fier Devrait s'en souvenir quand je veux l'oublier.
HELVIE. [âme,
Je m'en souviens, seigneur; et vous montrer une Malgré l'espoir du trône, incapable de flamme, L'exposer toute nue et sans fard à vos yeux, C'est vouloir vous traiter de même que les dieux.
COMMODE
Hé bien, puisque l'amour n'y saurait trouver place , D'un indigne refus il faut souffrir l'audace ; Soyez en liberté ou d'aimer ou d'haïr, Mais je commande enfin, c'est à vous d'obéir. L'hymen où votre cœur trouve tant d'injustice, S'il n'en est pas le charme, en sera le supplice ; Et, puisque votre orgueil s'obstine à m'outrager, S'il ne le peut abattre, il m'en saura venger.
HELVIE.
El moi, seigneur, et moi, j'oserai vous apprendre, Qu'abandonnant ma vie au soin de m'en défendre, Je sais pour en sortir cent chemins différents. Si je vous vois marcher sur les pas des tyrans.
COMMODE
Oui, je serai tyran ; et puisqu'on se déclare^ Pour qui m'est trop cruel je veux être barbare.
LA MORT DE L'EMPEREUR COMMODE, ACTE lU, SCÈNE V.
Dépouiller le respect dont j*ai trop pris la loi, Et perdre une pitié que l'on n'a pas pour moi. Dans Taffreux désespoir où vous livrez mon âme, De ses plus noirs efTels vous aurez tout le blâme, Lorsque je m'en défends, c'est vous qui m'y forcez. Un mot pour l'empêcher peut encore être assez. Mais enfin votre arrêt par le mien se prononce. Songez-y, Flavian, attendez sa réponse; Et si rien ne fléchit son esprit obstiné. Exécutez soudain l'ordre que j'ai donné.