SCÈNE VI MÂRCU, ÉLECTUS, LUCIE
MARCU.
I me brave, Électus, et ma triste disgrâce Ji orgueilleux mépris accroît Tindigne audace, Ifion jaloux destin il fuit la trahison,
Tu la sais, tu la vois, m'en feras-tu raison ?
Je l'attends de toi seul : d'un trêne qu'on me vole,
De sa possession tu m'as porlé parole ;
Et, si toujours la gloire est dans ton souvenir,
Par ton seul intérêt tu me la dois tenir.
ÉLECTUS.
Madame, plût au ciel que mon sang, que ma vie Fût le prix des grandeurs que le sort vous envie, Vous le verriez sur l'heure à vos pieds répandu Vous assurer l'éclat du rang qui vous est dû; Et, par ce sacrifice offert à votre gloire, Mon coeur de mon amour consacrer la mémoire. Mais puisque Tempereur s'est voulu déclarer, Il n'est plus rien pour vous qu'on eo puisse espérer. Malgré le fier refus qui dût aigrir sa flamme. Il n'adore qu'Helvie, elle règne en son âme ; Et j'employerais en vain tout ce que je vous doi A forcer sa raison de vous rendre sa foi.
MARaA.
De ta parole en vain par là tu te crois quitte. Non que d'un plein effet mon cœur te sollicite; Mais puisqu'on mon injure elle doit t'en gager. N'y pouvant mettre obstacle, aspire à me venger. Par une belle audace empêche qu'on ne pense Qu'avecque l'empereur tu fus d'intelligence; Et d'une indignité que je méritais peu, Va dans son lâche sang signer le désaveu. Ta honte est attachée à celle qu'il m'apprête, Pour te justifier apporle-moi sa tête; Et d'un noble courroux te laissant enflammer. Parais digne aujourd'hui d'avoir osé m'aimer* Pourmoicontre uutyran c'estlui que tu dois croire Je te l'ai déjà dit, il y va de ta gloire; El s'il faut t'exciter où t'excite l'honneur. J'oserai te le dire, il y va de mon cœur. Dans les doux seutlments que ma vertu le cache. C'est à toi qu'il est dû quand il sera sans tache. Et que ton bras vengeur, prompt à me secourir. M'aura mise en état de te l'oser offrir.
ÉLECTUS.
Ah I Quelque rude sort dont la rigueur l'opprime, Ne mêliez point si bas un cœur si magnanime, Il est toujours d'un prix trop haut, trop relevé...
MARCIA
Non, non, ton intérêt doit être conservé; En vain du tien séduit la flamme trop ardente T'en fait encor tenir la conquête éclatante; Dans le honteux revers qui dégage ma foi, Le rebut d'un tyran est indigne de toi. Purge-le par sa mort d'une tache si noire, Pour l'oser accepter, rends-moi toute ma gloire ; Et d'un indigne affront confondant l'aUenlal, Joins un éclat plus vif à son premier éclat.
ÉLECTUS.
Hélas !
Quoi, ton ardeurpourmoi toujours si prompte, Ne m'offre qu'un soupir à réparer ma honte? Et, quelque dur mépris qui me force à rougir,
LA MORT DE L'EMPEREUR COMMODE, ACTE IV, SCÈNE l.
Tu me trouves à plaindre, et dédaignes d'agir ? Quelle suite attachée à mon malheur extrême, Fait qu'inutilement je te cherche en moi-même ? Qu'as-tu fait d'Êlectus, et, dans ce triste jour, Quedevientta vertu? Que devient ton amour?
ÊLBCTUS.
L'une et l'autre a sur moi toujours le même empire, Maisleursdroitssonl divers, et c'est dont jesoupire, Puisque des deux côtés mon cœur trop combattu. Voulant tout par amour, n'ose rien par vertu.
MARCIA
Quoi, la tienneenton cœursoufTre tant de faiblesse. Que lui-même il te porte à trahir ta maîtresse? Tu préfères par elle un tyran à ta foi ?
ÉLBCTUS.
S'ill'est pour tout le monde, il ne l'est pas pour moi ;
Et lorsqu'on ma Taveur chaque jour il s'explique,
Pourrais-je prendre part à la haine publique?
De tout ce que je suis son bras est le soutien,
Pour élever mon sort il ne réserve rien ;
Et l'oubli qui suivrait tant de marques d'estime.
Des plus noires couleurs peindrait partout mon cri-
Jugez dans cet oubli quel en serait l'horreur, [me.
Si j'y pouvais eucore ajouter la fureur,
Et portantun poignard dansleseindemonmallre.
Joindre au titre d'ingrat, l'infâme nom de traître.
MARCIA
Je sais qu'à ton destin il abaissa le sien.
Que tu lui dois beaucoup : mais nemedois-tu rien?
ÊLBCTUS.
Tout, où son intérêt ne combat point le vôtre.
MARCÎA.
Hé bien, il t'est aisé d'accorder l'un et l'autre; Et le ciel aujourd'hui te laisse le pouvoir De contenter l'amour, et remplir ton devoir. Ne vois que mon injure, et non pas qui m'affronte, Sanssongerdansquel sang, coursen laver la honte; Et si pour moi ton bras avec justice armé Par la mort d'un tyran croit s'être diffamé, Soudain pour satisfaire à ta gloire outragée, Venge-le sur moi-même après m'avoir vengée, Et de ce même fer qui bornera son sort, Ote-moi la douceur de jouir de sa mort. Ainsi tu donneras, sans être ingrat ni traître, Sa vie à ta maîtresse, et la mienne à ton maître. Ainsi vers lui, vers mOf , tu seras dégagé, Si m'ayant satisfaite il meurt sur moi vengé. Tu ne me réponds point, mais ta vue abaissée Par un secret refus m'explique ta pensée; Et mes yeux dans les tiens avaient trop vu d'abord Avec ton cher tyran ton lâche cœur d'accord. C'est toi dont les conseils, loin de m'avoir servie, Lui font en ta faveur me préférer Helvie ; Et l'offre de son trône était pour donner jour Au criminel aveu de ton indigne amour.
Comme alors sans espoir je le voyais paraître. J'admirais ce qu'en vain je croyais bien connaître, Mais d'un éclat trompeur cet amour revêtu, Empruntait les dehors d'une fausse vertu;
Et, sûr de tes projets, tu cherchais à me vendre La lâcheté d'uncœur dont j'osais tout attendre.
ÊLBCTUS.
Quoi, madame?...
MARaA.
11 suffit, je n'écoute plus riei^ Mon bras pourrait agir où j'employais le tieo; Mais pour te punir mieux, et me punir moi-méa De n'avoir pu trop tôt avouer que je t'aime, H n'est rien que je n'ose aûn de regagner Ce trône dont par toi je me vois éloigner. Si trop d'abaissement suit ce que je propose, Au moins rougiras-tu de t'en savoir la cause, Et de voir par toi seul le pouvoir absolu Être le prix d'un cœur que tu n'as pas voulu.
ÊLBCTUS.
Ah I Si jamais l'hymen où l'empereur s'apprèle
MARCIA
Tu perds temps, il me faut ou son trôneousalêle Je vais songer à l'un ; si tu veux m'obtenir, L'autre dépend de toi, tu peux me prévenir.