LA MORT DE L'EMPEREUR COMMODE, ACTE V, SCÈNE VF
MÂRCIA.
Vous m'accablez, seigneur, et mon âme confuse Croit qu*eD tant de faveurs un vain songe l'abuse, Et présume si peu les pouvoir mériter, Qa'àmoiDs de s'en convaincre elle en voudrait dou- Aussit quoique j'emploie à vous faire paraître [ter; Avec quels sentiments je les veux reconnaître, De mes profonds respects les vœux les plus soumis Remplissent mal un soin à leur zèle commis. MoQ cœur se voit encor réduit à l'impuissance De TOUS montrer assez ce qu'il sent, ce qu'il pense; Et U secrète ardeur que pour vous il conçoit. Le peut seule acquitter de tout ce qu'il vous doit; Mais d'un effet si noble elle sera suivie, Oa'aatantqueRomeadroitde condamner Helvie...
COMMODE
Ah! Madame, de grâce, accordez-moi ce point, Peosez, croyez tout d'elle, et ne la nommez point. ÀceDom, malgré moi, je sens que je m'enflamme, Ou'àsespremierstransportsjerendstoute mon âme, Et que d'un juste effort secrètement gêné, fefoudrais révoquer l'arrêt que j'ai donné. Daigoezàmon amour épargner ce supplice, Votre destin est grand, souffrez qu'elle en jouisse, Bae rappelez point ce qu'en mon souvenir, Sms blesser notre amour je ne puis retenir. I(ii3,(iieux! Quel accident tout à coup me menace? doelle maligne humeur me fait sentir sa glace? Qle saisit mon cceur, en vain il la combat. Ma force m'abandonne, et ma vigueur s'abat.
MARCIA
; 5e craignez rien, seigneur.
I COMMODB.
Ma faiblesse redouble, [ Jfi tremble, jex;hancelle, et tout mon sang se trou- I Soutiens-moi, Flavian, ne m'abandonne pas. [ble.
MAHCIA.
A ce pieux office il prêtera son bras ; Et de TOUS obéir ne sait perdre l'envie, Qne quand vous le forcez de m'arracher la vie. ^oisceci,vois. Commode, en connais-tu la main? (Eih lui montre le$ tablettes,) COMMODE, â Flavian,
Ah! Traître, c'est ainsi...
MARCIA
Tu t'emportes en vain, Tu n'es plus en pouvoir d'ordonner son supplice. Apprendis qu'en ce moment je suis impératrice, Et qu'à Rome Électus voulant prouver sa foi, Ta donné le poison qu'il a reçu de moi. Vois parce juste coupqueje viens d'entreprendre. Ce qu'un règne pareil donnerait lieu d'attendre, l^isqa'on n'en vit jamais de plus beaux, de plus
[grands, Qaeceaxqui sontfondés surla mort destyrans.
COMMODE
Je seos qu'il faut mourir, que pour servir tarage Les dieux injustement trahissent leur ouvrage, Ces dieux qui, jusqu'ici de mes crimes auteurs,
Ne les punissant pas, s'en sont faits protecteurs. Au moinsje meurs content d'avoir traité sans cesse Leur foudre suspendu d'impuissante faiblesse; Et, quoique de la vie on fasse un si grand bien J'aime à l'abandonnei^pour ne leur devoir rien. Qu'on m'emporte d'ici.
MARCIA, à Électus,
Rendez-lui ce service, Aussi bien je craindrais de me voir sa complice. Et que le désespoir d'expirer à mes yeux Ne redoublât sa rage à blasphémer les dieux.