SCÈNE IV COMMODE, MARCIA, ÉLECTUS, FLAVIAN, LUCIE
COMMODE
Madame, enfin les dieux, par un bonheur suprême, Pourmieux songera vous me rendent à moi-même, Et chassent de mon coeur ces agitations Qu'excitaient à l'envi deux fières passions, ï/amour et la colère avecque violence Y pressaienttouràtour ma grâce et ma vengeance; Et par l'une et par l'autre ardemment combattu, Je n'ai pu qu'avec trouble employer ma vertu. Dans les rudes assauts dont je souffrais l'atteinte, Peut-être en son triomphe elle a paru contrainte; Et trop plein d'un transport qu'elle a su condamner, En vous quittant trop tôt, je l'ai fait soupçonner. Par ce haut et plein calme où vous voyez mon âme, Jugez si ma retraite a bien servi ma flamme. Et si de ce désordre entièrement remis, J'aurai lieu de teoir tout ce que j'ai promis.
MARCIA
Seigneur, je me croirais aussi lâche qu'ingrate, Si j'osais résister à l'espoir qui me flatte. Et, malgré vos serments, autoriser ma foi A douter des bontés que vous avez pour moi. A me favoriser toujours accoutumées, Électus après vous me les a confirmées, Et m'a fait assez voir dans vos ordres donnés, La pompe des honneurs que vous me destinez.
COMMODE
Quoi que de mes desseins il ait pu vous apprendre, L'ordre qu'il a reçu les laisse mal comprendre. Si pour notre hyménée, il lui fait préparer Tout ce que Rome doit aux soins de l'honorer; Ces superbes dehors dont je la sollicite, Ne sont qu'un faible essai de ce que je médite; Et je les comblerai par un si digne prix. Que l'univers entier en restera surpris, (^'est à quoi je m'apprête, et je veux que l'histoire Avecque tant d'éclat en consacre la gloire. Que ce que de mon sort elle voudra marquer, Sans nommer Marcia, ne se puisse expliquer.