SCÈNE II PLACIDIK, ELCHÉRIUS, LUCIE
PLAaOIK.
J'apprends avec surprise Oic Fespoir d'Alaric par vous se favorise; Mais de mes sentiments c'est assez mal juger D'avoir cru que ce zèle eût de quoi mobliger. '. DuLsIe raogque je tiensj'ai l'àme un peu trop vaine • Pour vouloir vous devoir la qualité de reine, ' U forcer mon courage au lâche abaissement Découler vos conseils sur le choix d'un amanl.
\ EUCUERIUS.
Cesl donc ce qui roanquailà ma disgrâce extrême, ■ Qoeqoand ce triste cœur s'immole à ce que j'aime, Cet effori que ma flamme en vain a combattu Yeùt que le faux éclat d'une lâche vertu? Persistez à mes vœux d'être toujours contraire, J'ai mérité la mort quand je n'ai su vous plaire ; I Et je dois croire égal d'en recevoir les coups. Ou d'uo hymen funeste, ou de votre courroux.
pLACiDiE. [drc.
Ij pourrais consentir sans qu'on vous crûtà plain- (fui peut le conseiller n a pas lieu de le craindre, ïi s offre à voir d'un œil pleinement satisfait Le succès d'un accord dont il presse l'effet.
BUCHÉRIUS.
Dite» que votre haine enfin trop endurcie
Par l'excès d'un beau feu ne peut être adoucie.
Et que son injustice aime à se déguiser
Ce qu'aujourd'hui pour vous le mien m'a fait oser.
Tespérais que par là nous la verrions s'éteindre,
Que n'ayant pu m'aimer vous daigneriez me plain-
Elque pour vousservir prêta quitter lejour, [dre,
La pitié m'obtiendrait ce que n'a pu l'amour.
Hais comme les mépris dont ma flamme est suivie
k d'éternels malheurs avaient livré ma vie,
Ce que sur mes désirs ma vertu fait d'efl*ort,
Ne vaut pas qu'un soupir soit le prix de ma mort.
PLACIDIE
Sur quelle étrange erreur cette plainte est formée ; Acaase qu'on me cède on croil lu'avoir aimée ; El toute mon estime est le moins que je doi AliDdignc attentat qu'on veut faire sur moi?
ECCUKRItS.
tfuoi, vous croyez assez l'aigreur qui vous anime Pour traiter d'attentat un conseil magnanime. Et ro'attacber à vous, sans me considérer, Ccsl démentir l'ardeur que j'ai su vous jurer?
Non qu'en un rang égal j'eusse pu me résoudre D'attirer sur mon feu ce dernier coup de foudre. Mais je suis sans murmure un ordre si fatal Quand je vous cède au trône, et non à mon rival. Je l'avouerai pourtant, à quoi que je m'apprête. Le déplaisir affreux de vous voir sa conquête. N'aigrira pas si peu la douleur d'un amant Qu'à sa triste disgrâce il survive un moment ; [lente, Mais puisqu'un sceptre seul peut remplir votre at- Je mourrai trop heureux de vous laisser contente; Et du moins ce succès de vos plus chers désirs. Mêlera quelque joie à mes derniers soupirs.
PLACIDIE
Par trop d'aveuglement ta passion me brave, Renonçant à mon cœur tu le fais ton esclave ; Et de ton désespoir smvant l'injuste loi. Tu prends droit de donner ce qui n'est pas à toi. Connais, Euchérius, connais mieux ta princesse. Si de l'ambition la noble ardeur me presse, Un trône n'est pas tant qu'il me doive coûter La honte du secours qui m'y ferait monter. Quel zèle injurieux, quelle vertu maligne, Briguepourmoi lerangdont ma naissanceestdigne. Et te fait hasarder un téméraire efl'ort Pour attirer sur toi la gloire de mon sort? Doutes-tu qu'en secret mon rang ne me réponde D'élever mon destin à l'empire du monde. Et que son juste orgueil ne porte mes regards Jusqu'à pouvoir un jour lui laisser des Césars? Règle mieux tes conseils, et bornes-en l'audace, Je ne veux rien devoir où je puis faire grâce; Et, si toujours le trône échauffe mon désir. Il est des rois pour moi quand je voudrai choisir.
EUCHÉRIUS.
Je sais qu'il n'en est point àqui l'amour n'ordonne De venir à vos pieds abaisser leur couronne; Et du choix d'Alaric si j'ai paru jaloux. C'est sans m'èlre flatté de rien faire pour vous. J'ai voulu seulement par une mort plus prompte, D'un hommage odieux vous épargner la honte, Et dérober ce cœur qui se sent trop charmer, Au crime glorieux de vous oser aimer.
Vous en donnez l'arrêt, c'està moi de le su ivre ; Maispourcesscrd'aimer,je dois cesser de vivre; Et l'hymen dont l'horreur accable mon amour, Est le plus sûr moyen de me priver du jour.
PLACIDIE. [âme
Moi, j'ai fait quelque effort pour éteindre en ton Ce que tes vœux offerts m'y firent voir de flamme. Et l'aigreur dont tu crois quelle ait dû m'animer Ne t'aurait pu souffrir la liberté d'aimer?
BUCHERIUS.
Qu'a donc fait ce mépris à mes vœux si contraire?
PLACIDIi:.
Il a dû te défendre un espoir téméraire; Mais en vain ton amour eu craindrait la rigueur. Il part de ma naissance, et non pas de mon cœur; Et la gloire d'aimer sans voir rien à prétendre, Est le plus digne prixqu'unbeau feu doive attendre.