SCÈNE V HONORIUS, STILICON
HONORIUS. [flamme,
Approche, et si toujours la même ardeur t'en- Tiens ju^r de ma peine au trouble de mon âme. Od nous hait, Stilicon, et tes sages avis En tout temps pour l'Étal écoutés et suivis. Dans mon gouvernement mêlent tant de faiblesse, Que Rome se trahit d'en souffrir la bassesse.
STILICON
Quoi, seigneur, l'insolence irait jusqu'à l'abus? Oa %' emporte à la plainte? On murmure?
HONORIUS
On fait plus; fit par une fureur que cette haine inspire, Oaen Teut à mes jours, Stilicon, on conspire.
STIUCON.
On conspire, seigneur?
HONORIUS
Qui l'eût jamais pensé, Qa*an perfide à ma morl se fût intéressé, Et que né dans le trône où m'affermit ton zèle, J'y dusse redouter une main infidèle?
En Tain l'ordre du ciel a daigné m'y placer, Tes soins m'en firent digne, et l'on m'en veut chas- STiLicoN. [ser.
NoD, seigneur, ce seront de ces vaines alarmes Qni servent d'un beau règne à redoubler les char- Etqni, par leur menace étonnant les esprits, [mes, Du bien que Ton possède étalent mieux le prix. L'apparence qu'un prince et si grand et si juste. Que bien moins que son rang sa vertu rendaugusle, Chéri de tout son peuple, adoré dans sa cour, Autorisât la haine à le priver du jour?
HONORIUS
U J*a fait toutefois, el Zénon...
STILlCON.
Quoi, le traître, Zénoo, l'ingrat Zénon attente sur son maître? El ce que tout l'enfer verrait avec horreur, n cherche à s'immoler un si bon empereur? Ah î sans daigner l'ouïr, de peur qu'il vous fléchisse, ?Çc commettez qu'à moi Tordre de son supplice, Et ne TOUS laissez pas la triste liberté De consulter son crime avec votre bonté.
HONORIUS
A trop d'emportement ton zèle te dispense,
Tu parles de supplice où je dois récompense ;
Et ton avidité d'en voir punir l'auteur,
Impute un parricide à mon libérateur.
Oui, bien loin que Zénon à ma morl s'autorise,
C'est lui dont je reçois l'avis de l'entreprise;
Et sa fidélité, qu'il n'a pu démentir.
Du péril que je cours cherche à me garantir.
STILICON
Il vous en donne avis? Mais achevez de grâce. De quel lâche assassin doit-on craindre l'audace?
HONORIUS
C'est ce que son billet ne m'a point fait savoir.
STILICON
Et je m'arrête encor? Seigneur, il faut le voir; Ignorant le coupable on pourrait vous surprendre. HONORIUS. [prendre;
L'ordre est donné, demeure, on me va tout ap- Et du nom d'un ingrat lu prends un vain souci, Si devant toi son crime est prêt d'être éclairci. Mais quel est ce désordre où ton cœur s'abandonne ? Tu semblés interdit? Ton courage s'étonne?
STILICON
Quoi, quand la trahison cherche à vous accabler, Je le pourrais, seigneur, apprendre sans trembler? Théodose à mes soins commit votre jeunesse, Et ce cœur a pour vous conçu tant de tendresse, Que redoutant un coup dont j'ignore le bras, Dans l'horreur du péril je ne me connais pas. Le secret de Zénon me tient l'âme à la gène, Vous aurez ordonné sans doute qu'on l'amène; Et je crains pour cet ordre où vous vous assurez, Que vous n'ayez choisi quelqu'un des conjurés. Souvent pourmieuxtrahirlepluszélé peut feindre. Enfin tout m'est suspect où je vois tout à craindre; Et je plains votre sort si, sans plus difi'érer, Moi-même de Zénon je ne cours m'assurcr. Vos jours sont précieux, le péril est extrême; Et je ne puis ici me fier qu'à moi-même. Permettez donc, seigneur...
HONORIUS, Vembrastant,
0 prince trop heureux D'avoir dans sa disgrâce un ami généreux 1 Que l'entreprise éclate aussitôt qu'elle est sue, Ne m'abandonne point, et j'en crains peu l'issue. Ta vue est un secours qui m'en ôte l'eifroi, Et pour la renverser il me suffit de toi. [donne; Main en vain pour Zénon tu crains ce que j'or- Vois celui qui paraît, veux-tu qu'on le soupçonne?
STILICON
Ah, seigneur!