SCÈNE I D. FERNAND, GUZMAN
GUZMAN
Quoi?Quand vous prétendiez rcntretenirchezelle Le rendez-vous, monsieur, était chez Isabelle? C'est là que l'inconnue avait su vous mander?
D. FERNAND
C'est là que de la fourbe il a fallu m'aider, Et que le jeu pour moi passait la raillerie.
LE GALANT DOUBLÉ, ACTE lU, SCÈNE L
Si je D 'eusse aussitôt payé d^efTronterie. Ouelquefois au besoin le vice est de saison.
6UZMAN.
Nais comment n'avoir pas reconnu la maison?
D. FBRNANÛ.
Comment Taurais-je pu, si dans une autre rue L'on me tenait ouverte une porte inconnue, D'où, sans qu'on m'aitrien dit, je me suis rencontré Dans un appartement où jamais je n'entrai ? Leplusfin, en ma place, eût donné dans le piège; Ijisle don d impudence est un grand privilège, Je l'ai mis en pratique, et je m'en suis tiré.
QUZMAN.
Cest un talent en vous de tout temps admiré; liis l'abord d'une femme est un péril honnête, Ursque prise pour dupe, elle a martel en tôle ; El TOUS deviez trembler, ainsi pris au filet, iïeo voir deux à la fois vous sauter au collet. Oui lors, par impudence, évite qu'on l'échiné, En a provision, monsieur, delà plus fine, Cest un pas qu'à franchir peu de gens ont appris; Et, tout subtil qu'il est, le diable y serait pris.
D. FBRNAND.
Ka^ pour en sortir, j'aurais eu plus d'obstacle. Si le ciel, pour m'aider, n'avait fait un miracle. Contre Tordre commun il a fait qu'en ce jour, (/a lit vu la prudence accompagner l'amour ; Et que du rendez- vous Isabelle en colère. Ait eu, dans son dépit, le pouvoir de se taire. Aioài, pour moi, le pas était moins hasardeux; Tant que j'ai pu me voir avec toutes les deux. Pour quelques mots couverts je m'en suis trouvé Hais, dès que l'inconnue a fini sa visite, [quitte; El qu'ayant, malgré moi, voulu se retirer. Seul avec Isabelle on m'a fait demeurer. En me traitant de fourbe, etsuivante et maîtresse. M'ont pensé mettre alors au bout de mon adresse, Don Dionis en moi leur étant trop connu...
GUZ^AN.
Je TOUS tiens fort heureux d'en ôlre revenu, [tes Deux femmes ! Rendez grâce aux heureuses plané- Qui TOUS ont deleurs mainssu tirer bragues nettes ; Car, tout autre que vous, quoiqu'adroit à mentir. Eût laissé la perruque avant que de sortir. Mais de vos faux errants les voyant éclaircies. Comment avez-vous pu vous les rendre adoucies? Et quel charme assez fort, apaisant leur courroux, A détourné Torage et rabattu les coups? Pour moi, j'aurais fort craint le saut de la fenêtre.
D. FBRhAND.
J'ai feint eflfrontément de ne le pas connaître; E^ comme l'inconnue avait dit mon vrai nom, Sar ce déguisement j'ai toujours tenu bon. De leur don Dionis qu'elles nommaient sans cesse, Poar un jeu concerté j'ai fait passer l'adresse; El, comme tout n'étant que pour m'embarrasser, A/ao( tout jusqu'au bout je m'en suis fait chasser.
GCZMAN.
^oos laisserez pester Isabelle à son aise?
D. FBRNAND.
Au contraire, Guzman, il fautque je l'apaise; Et que je fasse efTort à lui mettre en l'esprit, Qu'elle croit trop l'erreur qui contre moi l'aigrit. Ayant à soutenir ce second personnage.
Ici, pourle jouer, je l'attends au passage; Et, sur un autre ton ayant su m'accorder, Comme don Dionis je prétends l'aborder.
J'ai su par don Juan qu'elle est chez une tante ; Et, feignanttout le jour de l'avoir crue absente, Privé d'un rendez-vous dont je devais jouir, Je préviendrai sa plainte, et pourrai l'éblouir.
GUZMAN
El vous la voulez croire assez dupe et novice, Pour ne pas découvrir le nœud de l'artifice?
D. FERNANO.
Mais on a vu des gens se ressembler si bien, Qu'à les voir séparés, on n'y connaissait rien. Si larencontre estrare, elle est du moins possible.
GDZMAN.
Monsieur, dans ce dessein votre bon te est visible. Si les traits du visage ont un rapport parfait, Ou la taille, ou la voix en détruisent l'effet ; Maisàmoins que pour vous la foi n'entraine l'âme...
D. FERNANO.
Aussi je ne prétends abuser qu'une femme; Et je n'en sache point qu'on ne puisse obliger, Quand on sait bien s'y prendre, à croire de léger. Outre que don Juan, secondant mon adresse, Par de nouveaux détours fera valoir la pièce ; Pour appuyer la fourbe il est de tout instruit.
GUZMAN
S'il a quelque talent, il peut faire grand fruit. Qui prend de vos leçons a de grands avantages. Enfin, pour l'inconnue, elle est cassée aux gages ; Il ne s'en parle plus, c'est autant de vidé?
n. FERNANO.
Mon cœur de ses attraits est toujours possédé. Jamais un plus beau feu n'eut tant de violence.
GUZMAN
Monsieur, ayez, de grâce, un peu de conscience, Gardez-vous bien de suivre un conseil hasardeux, Qui vous les voulait faireépouser toutes deux. Peut-être punit-on en matière pareille, El celui qui consent, et celui qui conseille; El je me trouverais assez peu soulagé.
Que l'on vous accourcU, si j'étais allongé,
D. FERNANO.
Tu vas un peu trop vite en faveur d'Isabelle; Je la veux adoucir, non pas à cause d'elle; Mais de peur que l'aigreur de son ressentiment N'engage l'inconnue à quelque changement. Elle va de ma foi lui donner mille ombrages. Si je ne sais jouer tous les deux personnages; Et ne fais dans létal d'un nœud si surprenant, ranlôtdon Dionis, cl tantôt don Fernand. Voilà quel est mon but.
Tant pis.