LE GALANT DOUBLÉ, ACTE III, SCÈNE L
Ce sont là les moyens d'en attraper de belles.
D. FERNANO.
Ces façons de traiter me sont assez nouvelles. Madame, c'est ainsi que méjugeant discret, D'une aimable inconnue on m'apprend le secret?
ISABKLLE.
Elle apprendra le vôtre, el saura qui vous êtes; Mais, pour vous, croyez-moi, vos affaires sont fai- Yous n'en saurez jamais ni leraugni le nom. [tes;
BÉATIUX.
Voyez le fourbe! Et puis, à qui se fiera-t-onî
D. FKnNAND.
Mais, à ce changement quel motif vous engage?
ISABELLE
C'est trop longtemps jouer le même personnage. Enfin, don Dionis, mettons le masque bas.
D. FEHNAND.
Quel est ce Dionis?
ISABELLE
Quoi, vous ne l'êtes pas?
D. FERNAND
Moi?Si ce jeu vousplaît, quel qu'en soitle mystère...
BÉATRIX
Payez son impudence, ou bien laissez-moi faire. Voyez, il nous prendra pour ses dupes, ma foi ?
D. FERNAND
Quelle est cette beauté qui parle contre moi? Madame, est-ce une amie, ou bien quelque parente?
BÉATRIX
Faites bien l'ignorant, je ne suis que suivante; Mais, telle que je suis, vous ayant rencontré. Vous me trouviez tantôt assez à voire gré.
ISABELLE
Il l'en veut donc aussi?
D. FERNAND
Je ne Tai jamais vue.
BBATRIX.
n m'a galantisée au milieu de la rue ; Et son cœur, s'il m'eût fait eu croire ses serments. Se fût enregistré sur mon papier d'amants. La chose n'est pas vraie?
Il est vrai qu'on me joue, Et qu*on ne me dit rien que je ne désavoue. A pas une des deux je n'ai fait les yeux doux,
ISABELLE
Don Juan de Terres n'est pas connu de vous?
D. FERNAND
Je ne sais quel il est, et trêve d'incartade,
Mon nom est don Fernand, el mon pays, Grenade,
Et je viens d'un procès presser ici la fin.
BÉATBIX.
Gardez d'être frolté, monsieur le Grenadin. Quelque temps qu'à forger vous ait coûté l'histoire Vous le passeriez mal si l'on voulait m'en croire. Entrant à l'aise ici, l'on ne vous hâtait pas; Mais, ma foi, pour sortir, vous doubleriez le pas; Je vous remercierais de votre effronterie.
D. FERNAND
Enfin est-ce gageure, ou bien galanterie? Prétend-on quelque chose affectaut ce courroui
ISABELLE
Non, non, don Dionis, on ne veut rien devous.^
D. FERNAND
Mais ce don Dionis qu'en moi Ton veutcooDaltre,
ISABELLE
!l m'importe fort peu que vous le vouliez être, Pourvu qu'en le voyant vous sachiez l'avertir, Que je ne l'ai souffert que pour me divertir. . De ses fadesdouceurs,par cœur sans douteapprii Il m'a plu quelquefois d'écouter les sottises; Mais, loin qu'il pût avoir quelques charmes poi Mon choix à don Félix répondait de ma foi; [an A des provinciaux j'aime à donner la baie. Adieu, mon cavalier.
BÉATRIX
Voilà comme on vous paiQ Messieurs, qui nous venez provincialement Débiter la fleurette, et prêter le serment Onvousfaitbonne mine, on rit, on raille, on caost Mais les amis du cœur, dame, c'est autre cbosd La tablature change, on parle sérieux.
D. FERNAND
C'est donc à qui de vous m'embarrassera raiem Si c'est là votre but la pièce est imparfaite?
ISABELLE
C'est assez, il est temps que vous fassiez retraite
D. FERNAND, voulant soriir par où Oit Cavait fait entier.
Adieu. Ne croyez pas m'en avoir inquiété.
ISABELLE, V arrêtant.
Non, non, mon cavalier, tournez de ce côté, Sortez par l'autre porte, elle vous est connue.
D. FERNAND
Quoi, vous continuez...
BBATRIX.
Gagnons vite la me, Le meilleur est pour vous de déloger sans bruil; Je vous y conduirai. Bonsoir et boooe nuit.