LE GALANT DOUBLÉ, ACTE V, SCÈNE IL
MaiSjSi quelques soupçons vous tienneaten balance, Le temps de mon amour prouvera la constance; Et des soins si pressants Ja feront éclater, Que vous n'aurez enfin aucun lieu d*en douter.
En vain cette assurance à mes soupçons s'oppose, Don Dionis ailleurs promet la môme chose, D*autres en ont ouï ce qu'il dit maintenant.
D. FERNANO.
Laissez don Dionis, et croyez don Fernand. Je le suis, et ma foi vous en devrait répondre.
LÉONOR
Mon doute me déplaîl, je cherche à le confondre ; Mais peut-on refuser de croire ce qu'on voit?
BÉATRIX
Puisqu'il veut l'être enfin, consentez qu'il le soit, Madame ; et, seulement, tâchons de savoir comme Il nous amène ici ce brave gentilhomme.
GUZMAN
Je suis laquais d'honneur, et tu me fais grand tort.
D. FERNAND
C'est que, m'ayant trouvé...
ISABELLE
Parler pour lui d'abord!
Vous viendrez au secours, sllsait mal vous connal- Parle, à qui donc es-tu ? [tre.
6UZ3IAN.
Moi ? Je suis à mon maître.
ISABELLE
Et c'est don Dionis, que ce maître?
Il est vrai.
ISABELLE
Est-ce lui que tu vois?
GUZUAN.
Si c'est lui? Je ne sai.
Puis-je le démêler d'avecque sa figure?
D. FERNAND
Ce que j'ai dit, madame, est la vérité pure. Don Dionis, sans doute, est un autre que moi.
BÉATRIX
Mais nous l'avons laissé tantôt avecque toi.
GUZMAN
L'ayant quitté depuis, je ne sais plus qu'en dire ; On me Ta pu changer, et j'en aurai le pire.
ISABELLE
Mais tu l'aurais connu quand tu l'as abordé?
GUZMAN
Je m'avançais vers lui quand je l'ai vu mandé. Ainsi, j'ai cru devoir le suivre à l'aventure; Don Dionis, tant mieux; don Fernand, je l'abjure.
LEONOR
Pour les pouvoir surprendre ils s'entendent trop jAciNTE. [bien.
Tous les déguisements ne vont servir de rien. Quand la coifi'e abaissée, allant en inconnue. J'ai trouvé ce matin don Fernand dans la rue, Et que de ma maltresse il a lu le billet. Tu m'as complimentée en fidèle valet.
Tu disais ton avis, c'était alors ton maître.
GUZMAN
J'étais avecque lui? Moi ? Cela ne peut être, A moins que le doublant, comme il paraît ici, Le diable ait pris plaisir à me doubler aussi.
JACINTB.
Quel impudent valet? Madame, je proteste...
BÉATRIX
Enfin, il faut ici jouer de votre reste.
O. FERNAND, à Léonor.
Tout semble avoir juré ma perte auprès de tous; Mais je veux que du ciel m'accable le courroux, Si je ne suis. .
LÉONOR
Soyez tout ce qu'il vous plaît d'être; f .oin de prendre intérêt encore à vous coonallre, C'est un surcroît sensible à mes tristes enouis, Qu'on vous ait, malgré moi, découvert qui je suis.
D. FERNAND
Moi, je le sais, madame? Et vous êtes capable De vouloir insulter au sort d'un misérable. Qui, du plus pur amour se sentant consumer, Ignore en vous aimant qui le force d'aimer?
LÉONOR
Quoi, jalouxd'un hymen que je n'ai pu vous taire; Vous n'êtes point venu pour parler à mon père, Lui proposer de rompre?
Où prendre sa maiso&t Où le chercher, enfin, si j'ignore son nom?
LÉONOR
Ah ! C'est trop soutenir un lâche stratagème. Nier obstinément ce que j'ai vu moi-môme, Et, de l'art de fourber se tenant glorieux. Démentir à la fois mon oreille et mes yeux! Je n'en demande point une preuve plus forte. Adieu. Va du jardin le remettre à la porte, Jacinte, je rougis de l'avoir écouté.
D. FERNAND
Je n'avouerai jamais ce qui m'est imputé ; Mais, pour vous témoigner que ma flamme eslsia* Faites-moi tout à l'heure entretenir ce père, [cère, Qu'instruit de ma naissance il puisse examiner Si je vous ai rien dit qu'on doive soupçonner.
LÉONOR
Enfin je ne veux point m'éclaircir davantage. Pour un autre à l'hymen sa parole m'engage, 11 le veut, il l'ordonne, et je dois obéir.
D. FERNAND
0 ciel ! pour mon rival chercher à me trahir 1 Madame, songez mieux...
JACINTE
Parlez bas, je vous prie; .Madame, le bonhomme est dans la galerie. Je crois qu'il vient ici.
GUZMAN
Monsieur, tout est pei"do*
LÉONOR
Après ce que j'ai fait ce malheur m'est bien dû.