‹ Théatre completChapitre 677 sur 1461 · GAMMA, ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

GAMMA, ACTE IV, SCÈNE V

Puisque par sa rigueur je rends ce que je doi k. ce qu'a fait Ion zèle, et pour, et contre moi,

En m'arrôtant le bras, et mlmmolant ta vie.

Tu m'aa eo même temps offensée et servie ;

Et je dois, par l'hymen dont tu me vois presser,

le punir tout ensemble, et te récompenser.

Devant tout aux motifs de ta noble imposture.

Il m'acquitte vers toi par le jour qu'il t'assure;

Et m'ayant outragée à secourir ton roi.

Par l'horreur de me perdre il me venge de toi.

Ainsi des deux côtés il fait plus qu'on ne pense,

&n payant le service il répare l'offense ;

El de tes jours sauvés te faisant un tourment,

K\\ prix qui les rachète il joint le châtiment.

\ SOSTRATE

Quelle justice, hélas I votre haine autorisel ïû rompu, je l'avoue, une triste entreprise, lais ce crime est-il tel que, bien examiné, Ilfflérîte la peine où je suis condamné? fiut-il que mon devoir toujours inébranlable ITattire un châtiment qui n'a point de semblable, YX pour vous satisfaire en de si rudes coups, U mort que je demande en est-elle un trop doux?

GAMMA

^U sévérité qu'exerce ma vengeance PaïaUà ton amour au-dessus de l'offense, AiBsi, quoi que pour moi ton zèle ait entrepris, ' Ta vois que le service est au-dessous du prix.

C'est une illustre mort que ton amour affronte, ^ Jlais, pour la détourner, je me couvre de honte; k Mon zèle à mon péril sacrifiait tes jours, £1 j'immole ma gloire à celui que tu cours. \ Pour toi, je l'asservis au sort le plus infâme. De mon tyran, pour toi, j'ose me rendre femme. Déshonorer mon rang, obscurcir ma vertu. Sostrate, encore un coup, à quoi me réduis-tu?

SOSTRATR.

Mais, vous-même obstinée à me perdre,àvous nuire, A quoi, madame, à quoi vous osez-vous réduire?

jAa plus honteux projet votre cœur se résout,

,11 le sait, il le voit.

GAMMA

Je vois tout, je sais tout.

Mais en vain de mon sort l'épouvantable image Te laisse quelque espoir d'ébranler mon courage, Pour te sauver le jour l'effort est résolu; te Tai déjà dit, c'est toi qui l'as voulu.

SOSTRATE

, dites plutôt que du trône touchée r«tre âme à la vengeance enfin s'est arrachée, 'El voit avec plaisir le suprême pouvoir Etouffer par Tempire un si juste devoir, Que des vœux d'un sujet l'importune mémoire. D'an reproche honteux accablait votre gloire. Et que, quoi que de vous ait mérité ma foi, n fallait m'en punir en épousant un roi. Biles qu'à les souffrir vous ayant su contraindre, le sort le plus cruel ne me rend point à plaindre, Qae si vous conceviez une plus rude mort...

Mais où m'emporte, hélas I mon aveugle transport ? A sa coupable audace ordonnez un supplice. Madame, je le sais, je vous fais injustice, Mais, ce cœur déchiré par mille affreux combats, S'il vous en faisait moins, ne vous aimerait pas. Dans l'excès des malheurs que le ciel a fait naître, Qui ne se connaît plus, peut nevouspas connaître ; Je me perds, je m'égare, et dans mon désespoir. Je ne puis écouter ni raison, ni devoir; Mon amour s'abandonne au torrent qui l'entraîne.

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