CAMMA, SOSTRATE
GAMMA
Sous quel voile trompeur le lâche se déguise ! A me tyranniser sa gloire l'autorise ; Quand il m'arrache l'âme, il agit par vertu. Ah! Sostrate, Sostrate, à quoi me réduis-tu?
SOSTRATE
Voudrez-vtus pour le prix de l'amour le plus rare, Avouer mon destin de l'heur qu'il me prépare, Et laissant Sinorix dans son aveuglement, Honorer d'un soupir la perte d'un amant?
GAMMA
Tu dois être content si son erreur t'est chère; Ton amour l'a fait naître, et je saurai la taire; Tu le veux, j'y consens, elle aura son effet.
SOSTRATE
Ah! Puisqu'il est ainsi, que je meurs satisfait! Madame...
GAMMA
Quoi, mourir? Tu me crois assez lâche Pour te livrer au sort dont ta vertu m'arrache? Si je cache l'abus qui Vexpose à périr. C'est par la seule peur de te mal secourir. Le tyran, redoublant la rage qui l'anime. De ton amour pour moi te pourrait faire un crime, Et dans son désespoir, sa fureur le pressant. Confondre le coupable avecque l'innocent. Ainsi, mon imprudence à suivre cette envie. Du moins à ce péril exposerait ta vie; Et, quand je te la dois, c'est à moi de trouver L'infaillible moyen de te la conserver.
Quel moyen où l'amour n'a pointeu de puissance !
GAMMA
Celui que d'un tyran m'offre la violence.
SOSTRATE
Quoi, madame...
GAMMA
Je tremble à me le proposer, J'en frémis, mais enfin il le faut épouser.
SOSTRATE
Lui, contre qui tantôt vous osiez entreprendre?
GAMMA
Lui, dont encor le sang me plairait à répandre, Lui, dont, si le hasard m'offrait un coupceHiiD, Au péril de cent morts j'irais percer le sein; Mais cette occasion si difficile à prendre, Tu me mets hors d'état de la pouvoir attendre. Ta vie est en danger; et, pour te secourir, Il me faut faire plus mille fois que mourir. II me faut consentir qu'un honteux hyménée A mon lâche tyran joigne ma destinée.
Il me faut violer les devoirs les plus sainte, Ne me condamne point, c'est toi qui m'y contrains. C'est toi qui, t'opposant à ma noble colère, Me plonge dans un gouffre où tout me désespère, Où, quoi que mes malheurs offrent à mes regards, Ce n'est que désespoir, qu'horreur de toutes parts, Où, d'un triste devoir déplorable victime. Je connais, je déteste, et couronne le crime? Mais je raisonne en vain sur un point résolu, Il n'y faut plus penser, c'est toi qui l'asvculo.
Hé bien, de tous ces maux où seul je vous expose, Souffrez-vous la douceur de voir punir la causet Et ne m'enviez point la gloire d'une mort Qui de tant de malheurs affranchit votre sort. Par ce profond respect dont l'assurance offerte...
GAMMA
Moi, que si lâchement je consente à ta perte! Que le devant le jour je t'en laisse priver!
SOSTRATE
Hélas, madame, hélas! Pouvez- vous me sauver? En l'état où je suis ma mort est assurée. Mon maître et mon amour à l'envi l'ont jurée; Et je la vois partout certaine à recevoir, Ou d'un arrêt funeste, ou de mon désespoir. Rendre par votre hymen cet arrêt inutile, Pour une seule mort c'est me livrer à mille, C'est changer la douceur du sort le plus heureut En tout ce que sa haine a jamais eu d'affreux. Mon âme à ce penser de frayeur possédée, D'un si cruel revers n'ose prendre l'idée, Ni montrer à mes sens interdits, égarés. Toute l'horreur des maux que vous me préparez, Leur menace déjà rend mon tourment extrême. Madame, par pitié, sauvez-moi de moi-même, Et ne remettez point à mes vives douleurs A contraindre ma main de finir mes malheurs.
GAMMA
Le dessein que je prends t'est un rude supplice» Je le sais, mais toi-même en loueras la justice,