‹ Théatre completChapitre 687 sur 1461 · SCÈNE V GAMMA, SOSTRATE, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE V GAMMA, SOSTRATE, PHÉNICE

CAMMA, voyant Sostratr.qni veut i éloigner,

Quoi, le peuple peut-être en veut à ma personne?

Et dans ce grand péril Sostrate m'abandonne ? Arrête, j'ai besoin ici de ton secours

SOSTRATE

Le destin veut ma mort, il la presse, et j'y cours; La vouloir retarder dans l'ennui qui m'accable, C'est m'exposer encore à devenir coupable. De mes tristes regards l'indiscrète langueur Vous reproche déjà votre ingrate rigueur. Le respect aura beau m'opposer ses maximes. Si je parle après eux, je vais faire cent crimes; Otez-en le pouvoir à mon juste courroux, Et me laissez mourir sans me plaindre de vous.

cAMMA.' [Sostrate,

Que l'on m'approche un siège. Il n'est plus temps, D'empêcher contre moi que ce courroux n'éclate; Puisqu'on sait ton amour, plains-foi, condamne- Dis que l'ambition m'a fait trahir ma foi. [moi, Si pourtant la raison éclairait ta colère, Ce que tu viens d'ouïr t'aurait dû satisfaire; Le sort de Sinorix n'est pas un sort trop doux.

Madame, il est haï, mais il est votre époux. A la vengeance en vain le devoir vous entraîne, Ce titre malgré vous suspendra votre haine; Et ce devoir confus va craindre à l'avenir De faire un parricide à l'en vouloir punir, [drc. C'en serait un, sans doute, et je vois, sans me plaiu- Qu'innocent ou coupable il n'ait plus rien àcrain-

[dre ; Mais, fussent vos transports encor plus éclatants Qui n'a plus à punir ne peut haïr longtemps. Ainsi, madame, ainsi, sa victoire est certaine ; Il saura vous réduire à perdre votre haine; Et, son heureux triomphe augmentantchaque jour. S'il n'a plus votre haine, aurai-je votre amour? Non, non, j'en crois en vain posséder l'avantage, Vos scrupules voudront en faire son partage ; Et, s'ils tiennent jamais votre courroux borné, Vous lui devez ce cœur que vous m'avez donné. Déjà, déjà, sans doute, cncor qu'on me le cache. De ce triste devoir la rigueur me l'arrache; C'en est fait, je le perds, et, toutefois, hélas! J'avais bien mérité de ne le perdre pas. Pour m'imposer l'horreur d'une peine semblable. Le crime n'est pas grand de n'être point coupable ; Et, peut-être, jamais tant de sévérité N'a puni le refus d'une infidélité.

Mais, je me plains à tort d'un si rude supplice, Puisqu'il vous met au trône, il est plein de justice Jouissez des douceurs d'un si glorieux sort, Le prix en est léger s'il ne faut que ma mort. Elle est, elle est trop due à ce feu téméraire Dont l'orgueil à ma reine eut l'audace de plaire. Pour effacer l'affront qu'il vous a fait souffrir, C'est à vous de régner, c'est à moi de mourir. J'y cours, j'y cours, madame, et ma rage secrète Va vous mettre en état de régner satisfaite; Heureux, s'il m'est permis, pour tromper mes mal-

[heurs,

GAMMA, ACTE V, SCÈNE Vf.

De vous dire en mourant : c'est ponr vous que je GAMMA. [meurs.

Tout t'est permis, Sostrate, et tu vois mon silence Souffrir de ta douleur l'entière violence. Parle, accuse, condamne un projet important, Peut-être l'heure est proche où tu seras content.

SOSTRATB.

Où je serai content? Hé, le puis-je, madame. Dans l'affreux désespoir où vous voyez ma flamme ! Tout l'augmente, et je fais cent efforts superflus. .

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