SCÈNE VI GAMMA, SOSTRATE, SOSIME, PHÉNICE, suite
SOSIME.
Ahl Madame, le roi...
GAMMA
Parle, hé bien ?
sosmE.
Ne vit plus.
SOSTBATE.
Quoi, de nos factieux la troupe mutinée...
SOSIME.
Non, seigneur, apprenez sa triste destinée. A peine, pour punir leurs nouveaux attentats. Vers le lieu du tumulte il a fait quelques pas. Que dans l'âpre douleur de voir toujours la reine. Malgré sa foi reçue, obstinée en sa haine, Tout à coup il s'arrête, et, poussant de longs cris, Fait voir un changementdont nous sommes surpris. Il agit sur le corps, si sa cause est dans l'âme. Ses yeux sont égarés, son visage s'enflamme; Et, soudain, sous l'effort d'un accès différent. Une froide sueur le rend pâle et mourant. Cest alors que, cédant au tourment qui le presse, Il cherche entre nos bras une aide à sa faiblesse ; Et quand de tous côtés on appelle au secours, « Voici l'instant fatal qui doit borner mes jours, A cet ordre éternel c'est en vain qu'on s'oppose. Je meurs, dit-il, je meurs, n'en cherchez point la
[cause ; Je la sais, mais bien loin d'en oser murmurer. Je me twMive en secret contraint de l'adorer. Le ciel, qui t6t ou tard se découvre équitable, Se plait à me punir par où je suis coupable. Et m'avait bien prédit que, malgré tous mes soins. Je recevrais la mort d'où je l'ai cru le moins. Je la sens qui s'approche, et je mourrais sans peine. Si j'osais me flatter d'obtenir de la reine... » Là, trop pressé du mal qu il ne peut plus souffrir, Achevant de parler, il commence à mourir. Ses soupirs languissants témoignent qu'il expire.
Il nomme encor la reine, et ne peut plus rien dire; Il meurt; et, sur ce bruit, chacun de voix en voii Élève la princesse au trône de nos rois.
GAMMA
Enfin, Sostrate, enfin, grâce à mon hyménée, Voici pour mes désirs une illustre journée; Ma vengeance est remplie, et je meurs sans regret.
SOSTRATE
Quoi...
Dis qu'un trône a su m'éblouir en secret, Dis qu'il m'a fait trahir une amour sans égiale; J'avais empoisonné la coupe nuptiale; Et n'ai donné ma foi que sur le doj^x espoir D'en obtenir la mort que j'ai fait recevoir.
SOSTRATE
La reine empoisonnée!
PHÉNICE
Ahl Madame I
SOSTRATB.
AhIPhénice, Vite à la secourir.,.
GAMMA
Tu me fais Injustiea.
Si la douceur de vivre eût flatté ma raison, J'aurais su prévenir la force du poison; Laisse agir son pouvoir, le sort ainsi l'ordoone.
SOSTRATE
Qu'aux lâchetés du sort mon cœur vous abandoo&eV Que mes soins, mes malheurs, tout soitperda poaf GAMMA. [moi!
Je n'ai rien oublié de ce que je te doi; Mais, dans l'état honteux, où, de peur de te nuire^ Par l'hymen d'un tyran il m'a fallu réduire, Quand j'en ai dans mon cœur le reprochée souffrirj Il n'est point en mon choix de vivre ou de mourir^ C'est à moi d'effacer une tache si noire. J'ai racheté ta vie aux dépens de ma gloire; Et tu dois consentir qu'après ce grand secourt, Je rachète ma gloire aux dépens de mes jours. Vis content, si pour vivre et soulager ta peine, Il te suffit enfin de savoir que ta reine... Qu'on m'emporte, je meurs, et mes sens interdits.^ {On lui aide à marcher pendant qu'elle dit ce denàerttnj^ SOSTRATE.
0 peu sensible amant I Elle meurt, et lu îisl Préviens, lâche, préviens...
SOSIME, lui retenant la main.
Seigneur, qu'allez-vous faiwl
SOSTRATE
Que vous sert d'empêcher un coup si nécessaire Pour m'arrôter le bras en de pareils eonais, Hélas! me sauvez-vous de la rage où je suis?