‹ Théatre completChapitre 692 sur 1461 · SCÈNE III BIAXIMIAN, MARTIAN · texte numérisé non relu

SCÈNE III BIAXIMIAN, MARTIAN

MAXIML^N.

Hé bien, cher Martian, que faut-il que j'espère? Dans quels secrets transports as-tu trouvé Sévère? Licine est mécontent; et si j'en puis juger, La princesse offre assez de quoi nous l'engager, Son hymen résolu tient son âme alarmée; Mais, comme enfin Sévère est maître de l'armée, Qu'en vain, sans son appui, j'ose me découvrir. Avant toute autre chose, il faut nous l'acquérir.

MARTiAN.

Vous le ferez sans peine, et la secrète rage Où la perte de Fauste abîme son courage, D'une douleur si forte arme son désespoir. Qu'il n'est plus en état d'écouter son devoir. Aussi, pour lui, seigneur, la disgrâce est cruelle; Il aime votre fille, il se fait aimer d'elle, Vous approuvez sa flamme, il part, et trouve enfin Qu'elle est, à son retour, femme de Constantin. Je viens de le quitter comme frappé du foudre. Il brûle de la voir, et tremble à s'y résoudre ; Et l'amas des lauriers dont il revient couvert, N'a rien qu'il considère auprès de ce qu'il perd.

MAXIMIAX.

Prenons donc à nos vœux un temps si favorable, Pressons adroitement la douleur qui l'accable, Et l'aigrissons si bien qu'il se laisse flatter Oe voir ma fille à lui, s'il ose l'accepter.

Par moi de son hymen ayant reçu parole. Montrons-lui qu'en efl'et c'est son bien qu'oûlaivole, Et que jamais l'amour n'échaufl'a son désir, Si, quand il le retrouve, il craint de s'en saisir. Un amant qu'en secret le désespoir anime, Vient insensiblement sur le penchant du crime, Ébloui d'un faux jour, il aime à s'y placer, Et, pour peu qu'on l'y pousse, il s'y laisse glisser.

MARTIAN

C'est ce qu'attend Sévère, et puisque l'entreprise N'est qu'un projet mal sûr à moins qu'il l'autorise, Ménagez un traité dont l'accord résolu Vous acquiert sur l'armée un pouvoir absolu. Quand à nous seconder vous l'aurez su réduire, Licine sera moins en état de nous nuire. Les conjurés sont prêts, et, perdant Constantin, Aspirent chaque jour à changer de destin. J'ai peine à retenir l'ardeur qui les emporte.

MAXIMIAN

Et toujours cette ardeur est également forte?

MABTIAX.

Quand quelque lâche entr'eux se pourrait déguiser. Vous êtes à couvert de ce qu'il peut oser. Impatients du chef que je leur fais attendre, Leursoupçon jusqu'à vousestbienloindes'étendre. Puisque, pour l'empêcher, j'ai soutenu d'abord Qu'à notre sûreté nous devions votre mort. C'est ce qu'à notre chef on doit laisser résoudre; Kt quand sur Constantin on lancera la foudre, Vous êtes en pouvoir, après ce vain discours, De sauver votre gloire en vous cachant toujours; Lui mort, la brigue est forte à vous choisir poormal- MAxiMiAN. [tre.

Non, Sévère a moins lieu de se faire connaître; Et si nos mécontents, par un secret appai, Ont besoin pour agir d'être assurés de lui, il faut, dans le dessein qui me fait entreprendre, Cacher àd'autres yeux la part qu'il voudra prendre. Tauste étant le seul prix qui le puisse attirer, Si le crime est connu, que peut-il espérer? Croira-t-il de sa mort que le sachant coupable, 1/assassin d'un époux lui soit jamais aimable? Lt si ce doux espoir ne flatte ses souhaits, Voudra-t-il embrasser d'inutiles forfaits? Pour moi, qui me cachant hasarde toute chose, Je ne refuse point d'avouer ce que j'ose, fout mon but est le trône, et, pour y parvenir, Les chemins les plus sûrs me plaisent à tenir. Ne dis point que l'éclat à ma gloire est contraire, Ce scrupule n'est bon qu'à quelque âme vulgaire; Et, pour te l'arracher, souviens-toi, Martian, iju'en moi, qu'en me servant tu sers Maximian. Si j'ai de l'avenir à craindre quelque blâme, C'estqu'unindigneexempleailputropsurmoDâme.

Quand Dioclétian m'inspira le dessein De quitter comme lui le pouvoir souverain. Séduit par ses conseils j'abandonnai l'empire; Et quand à leur faiblesse on m'a trop vu souscrire Le crime sera beau, s'il peut me racheter

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