‹ Théatre completChapitre 703 sur 1461 · SCÈNE V CONSTANCE, SÉVÈRE, LUQE · texte numérisé non relu

SCÈNE V CONSTANCE, SÉVÈRE, LUQE

CONSTANCE

J'aspirais à vous voir. Sévère, et ce mérite Dont le brillant éclat pour vous me sollicite. M'oblige à prendre part aux surprenants exploits Qui du trôneaujourd'hui vous acquièrent lesdroits. Pour payer ce qu'on doit à votre grand courage, L'empereur avec vous en résout le partage. Il fait plus» et c'est peu que de vous couronner, Si ma main n'est un prix qu'il me force à donner. J'obéirai, sans doute, et quoi qu'il en arrive, Mon fier devoir tiendra ma volonté captive ; Mais s*il faut, pour répondre à cet ordre inhumain. Joindre le don du cœur à celui de la main. Comme je me connais hors d'état de le faire. Je vous estime trop pour vouloir vous le taire. C'est à vous là-dessus à régler vos desseins, Mon bonheur, mon repos, tout est entre vos mains. Peut-être qu'il serait d'une âme magnanime De ne pas abuser d un devoir qui m'opprime; Mais vous vous connaissez, et jamais on n'eut droit D'exciter un grand cœur à faire ce qu'il doit.

SÉVÉRB.

Madame...

CONSTANCE

Adieu. C'est trop, Maximiaa s'avance.

Je vous ai répondu de mon obéissance; Et sûr à votre choix du nom de mon époux, [vous. Vous m'apprendrez vous-même à bien juger de

MAXIMUN, SËVËRE.

MAXiaiIAN.

Quoi, pousser des soupirs en quittant la princesse?

SBVèRE.

Ah ! Seigneur, épargnez la douleur qui me presse. Je ne tous parle point en amant outragé De l'abtme de maux où vous m'avez plongé. C'était à mon orgueil un attentat insigne D'écouter un espoir dont je n'étais pas digne. Le rang d'impératrice, et l'éclat qui le suit,

Valent bien la disgrâce où je me vois réduit; Mais, si quelque pitié pour moi vous intéresse, Sauvez-moi d'un refus honteux à la princesse, Prévenez un éclat où je suis résolu.

J'aime, seigneur, hélas I vous l'avez bien vooIq, Et quoique sans espoir l'amour soit un supplice, Puisque c'estmon seul bien, souffrez quej'eDJoais^ Par un hymen illustre on tente en vain ma foi, [» En vain on veut qu'un trêne ait des charmes pou

[moi; C'est un surcroît de rage à ma douleur extrême Je ne veux que mourir aux yeux de ce que j'aim Lui soumettre mes jours, et les abandonoer A la triste langueur qui les doit terminer.

MAXimAN.

Quoi, Sévère, il se peut que le sort qui t'outragv Te fasse des malheurs plus grands que ton couragd Apprends, apprends les miens, et pour^rtlriTef Yoiscomme la fortune accable un empereur, [rcûf Si j'osais la braver, en dédaignant l'empire, A son tour, contre moi, je vois qu'elle conspire. En vain auprès d'un fils des Romains adoré, Je crois jouir du calme où j'avais aspiré; Redoutant mes conseils, ce fils, l'ingrat Mtteâc^ Par mon éloignement affermit sa puissauce; On me bannit de Rome, et tel est mon desUo, Qu'il me faut rechercher l'appui de Gonstaotio. Contre sa tyrannie il m'offre un sûr asile; Et quand auprès de lui je me crois tout faeile, Loin d'obtenir pour toi l'aveu de ton amour, J'apprends quel intérêt t'élolgne de sa cour. Devenu ton rival, il veut que ton absence Laisse dans ses projets agir sa violence, Et tout ce qu'à ton feu l'honneur me fait detolf» Est forcé de céder à son lâche pouvoir. Ainsi, plus le tyran que l'époux de ma fille, Il usurpe mes droits jusque sur ma famille; Et mes vœux par contrainte à ses ordres souBiil Sont l'effet du repos que je m'étais promis.

sévÈkiB.

C*est trop, seigneur, c'est trop, tant de bontém'âo Le destin a rendu ma perle irréparable ; [wWô Mais l'intérêt de Fauste étant à préférer, Quand il la met au trône, en dois-je murmurer? Non, il lui fait justice, et pourvu qu'on s'oppose A l'hymen où pour moi l'empereur se dispose, Qu'on ne me force point à l'éclatant refbs...

MAXIMIAN

Et si je te disais que je veux faire plus! J'ai besoin seulement de trouver dans Sévère Cette fermeté d'àme aux héros ordinaire. Elle aide à repousser le sort le plus affreux; Et, si tu l'as enfin, tu n'es plus malheureux.

SBVKRB.

Ah! Seigneur, pour guérir le mal qui me La grandeur du courage est un faible remède, Contre un si rude assaut il n'est point de verto Et qui sait bien aimer...

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