MAXIMIAN, ACTE V, SCÈNE VII
Et, quoi que l'imposture invente contre moi, Le traître Martian sera digne de foi.
MAXIMIAN
Feins de le craindre encor, quand, par tes artifices. Sa fuite Ta soustrait aux plus affreux supplices; Tu Tas fait évader, et reviens sans effroi. N'ayant plus de témoin qui parle contre toi. Nie encore, et, par là, prouve ton innocence.
LICINE.
Moi, qu'avec Martian je sois d'intelligence?
Ai-je quelque intérêt à le faire évader.
Quand de Tau leur du crime il peut seul décider?
Si m'étant confronté je ne le fais dédire,
Je demeure coupable, et c'est moi qui conspire.
Qu'attends-je de sa fuite, et quel est mon espoir?
Par ces fausses clartés tâche à nous décevoir. Pour te justifier c'est peu que l'apparence.
CONSTANTIN
Elle fait encor plus pour lui que l'on ne pense; El, pour tout dire enfin, il me serait bien doux Qu'avec autant de force elle parlât pour vous. Sévère a soutenu que pour vous on conspire, Et sa mort l'a puni de ce qu'il a su dire; Votre intérêt ailleurs se trouve conservé, Martian n'a rien dit, Martian est sauvé.
MAXIMIAN
Enfin, je suis coupable, et l'éclat de ma gloire Est trop peu pour régler ce que vous devez croire ; Mais si j'avais encôr Martian pour témoin...
CONSTANTIN
Hé bien, s'il vous le faut, Martian n'est pas loin, Voulez-vous qu'on l'amène, et que Valère ensuite Vienne vous expliquer ce qu'il sait de sa fuite? Voulez-vous savoir d'eux d'où j'ai pu deviner Que jusque dans mon lit on doit m'assassiner, Et que, dès cette nuit, pour cet excès de rage, Par votre appartement on trouve au mien passage? Qu'on les fasse venir. Pour peu qu'ils soient près -
MAXIMIAN. [ses...
Arrête, Constantin, tu m'en as dit assez. Je vois que tu sais tout, et qu'instruit par Valcrc De mes déguisements tu perces le mystère. Martian dont la fuite assurait mes desseins. Quand je le crois sauvé, se trouve entre tes mains, Il t'a tout découvert; et dans la défiance Où de mes vœux trahis te met la connaissance. Me voyant hors d'espoir d'en obtenir l'effet. Je n'ai plus d'intérêt à cacher mon forfait. Quand en avouant rien je pourrais te réduire A douter si c'est moi qui cherche à te détruire. Observé dans ta cour, haï de toutes parts,
J'aurais beau vers le trône élever mes regards, On ne me laisserait aucun lieu d'entrepreodre; Et puisque je connais qu'il n'y faut plus prétendre, J'aime mieux , te pressant de ne pas m'épargner, Mourir dans cet orgueil, que vivre sans régner. Peut-être à déguiser ce qu'on t'a fait connaître, De tes jours malgré toi j'aurais été le maître, Et soulager du moins la peine où je me voi. Par la fausse douceur de te perdre avec moi. Mais, comme à l'attentat le trêne seul m'anime, Lorsque j'en perds l'espoir, je perds l'ardenrdu Et dans l'avide soif de reprendre son rang, [crime, Ne pouvant te Tôter, je dédaigne ton sang. Prononce, Martian n'a plus rien à te dire.
CONSTANTIN
Qu'au trêne par ma mort Maximian aspire! Lui, qui dans mes États plus souverain que moi, Puisqu'il voulait régner pouvait donner la loi!
FAUSTE
Seigneur, n'écoutez pas toute votre colère; Et, s'il est criminel, songez qu'il est mon père. Non que d'un attentat qu'on ne peut trop punir, Je veuille vous ôter le fatal souvenir ; Mais qu'il vive, et s'il faut qu'enfin le sang efface...
MAXIMIAN
Moi vivre ! Moi, de lui, daigner recevoir grâce 1 Régnez, régnez, madame, et cessez de penser Qu'au rang de vos sujets je puisse m'abaisser; Et pour vous et pour moi je sais ce qu'il faut faire. Toi, Constantin, jouis de la mort de Sévère. C'est à moi que tu dois le bonheur sans égal De n'avoir plus enfin à craindre de rival. Son sang à ma vengeance a servi de victime; Et, loin de démentir la fierté de mon crime, Je veux te faire voir, qu'indigne d'obéir, Je sais braver les dieux qui m'ont osé trahir. Pour rentrer dans ce trône où tu remplis ma place, J'eusse aux plus noirs forfaits élevé mon audace; Et, comme dans l'ardeur de te le dérober, J'avais songé d'abord à t'en faire tomber, Voilà pour me punir d'îivoir manqué ta chute. Et comme je prononce, et comme j'exécute.
(// tire un poignard dont il te iue,) Qu'on m'emporte.
FAUSTR, tuivant Maximian, Ah, seigneur !
CONSTANTIN
Courons la seconder, Son intérêt ici doit seul se regarder; Et, quand un peu de calme, après ce grand orage, M'aura tiré du trouble où ce revers m'engage, ï^icine aura sujet d'oublier son malheur, Par le rang de Sévère, et l'hymen de ma sœur.