SCÈNE I PHIUPPE, ANTIGONUS
PHIUPPE.
, non, Antigonus, la grandeur de l'injure ItoolTe point en moi la voix de la nature, Ataon cœur t'expliquant ce qui la fait soufl'rir, Jkrcbe à se soulager, et non pas à s'aigrir. KlDi que dans ses projets Démétrius espère,
Je garde encor pour lui les sentiments de père ; Et toute la fureur de son ambition N'excite qu'en secret mon indignation.
Je le voissur l'appui que le sénat lui donne, Contremoi, contre un frère, usurper la couronne, Et mes lâches sujets à l'hommage contraints, Accepter pour leur roi l'esclave des Romains. Dans les emportements qu'il ne peut plus contrain- Jeconnais quePersée a raison de se plaindre ; [dre, Mais, de peur d'un désordreàtousles deux fatal. Sans prendre aucun parti, je veux paraître égal. Par là j'empêcherai que fort de ma colère Persée injustement n'ose accuser son frère; El ma bonté, peut-être, aura quelque pouvoir Pour rendre un fils rebelle aux lois de son devoir. Quoiqu'assez rarement un ambitieux cède, 11 faut avant la force essayer ce remède. Et voir si la douceur ne saurait obtenir Le remords d'un forfait que je crains de punir.
ANTIGONUS
Seigneur, on ne peut trop louer celte prudence Qui tient entre deux fils la nature en balance; Mais gardez qu'en secret la pente où je vous voi Contre Démétrius ne séduise un grand roi. Peut-il trouver en vous un juge favorable, Si déjà, sans l'ouïr, vous le croyez coupable ? Je sais que vos soupçons condamnent justement Ce que pour les Romains il a d'attachement ; Mais c'est pousser trop loin la fierté qui le guide. Que de la faire aller jusques au parricide. 11 est aimé du peuple et peut-être en ces lieux. Qui s'en peut faire aimer, fait bien des envieux.
PHILIPPE
Quoi, tu ne veux pas voir qu'une ardeur criminelle L'engage de ce peuple à corrompre le zèle. Et lui fait publier que rompant mes desseins Lui seul l'a garanti des armes des Romains? Sur ce bruit qu'à semer son orgueil se hasarde, Pour son libérateur je vois qu'on le regarde. On le suit, on l'honore; et, depuis son retour, A mes yeux à l'envi chacun lui fait sa cour; Mais à ce charme en vain ils aiment à se rendre, La guerre leur fait peur, et je veux l'entreprendre. C'est trop, c'est trop rougir du joug impérieux Qu'impose aux souverains un peuple ambitieux. Il est temps de résoudre, et de parler en maître. Un roi qui peut céder n'est point digne de l'être; Et, prêt à soufl'rir tout des plus fiers ennemis. Le trône a plus d'éclat renversé que soumis.
ANTIGONUS
Ces sentiments sont grands, mais si, comme l'on Démétrius à Rome a de l'intelligence, [pense. Doutez-vous que par lui le sénat averti...
PHILIPPE
Nous forcerons l'ingrat à prendre enfin parti. Il faut, sur un hymen à l'État nécessaire, Qu'il renonce aux Romains, ou s'arme contre un Et si par son refus il s'y montre attaché, [père, Nous n'aurons plus du moins un ennemi caché.