‹ Théatre completChapitre 747 sur 1461 · PERSÉE ET DÉMÉTRÎUS, ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

PERSÉE ET DÉMÉTRÎUS, ACTE II, SCÈNE III

Môle ce peu d'estime où la vertu m'a mis? Quiatius qu'on me voitprendre partout pourguide, M*aura-t-il conseillé cet affreux parricide, Lui, qui chérit son frère, et laisse à nos neveux De l'union parfaite un exemple fameux?

Pour m'élever au trône où mon orgueil aspire, Vous voulez qu'à l'envi tout le monde conspire; Et, comme sans appui, pour unique recours, Vous me faites du crime emprunter le secours. Voyons-le tel qu'il est, ou qu'on le fait paraître. Ce crime qu'entre nous un père doit connaître. On divise l'armée, et, d'une égale ardeur, Nous disputons le prix qu'on destine au vainqueur. Tous deux chefs de parti nous cherchons la victoire; Et quand sur vous enfin j'en emporte la gloire, Ma haine, dites-vous, si l'on ne m'eût cédé, Par un combat sanglant en aurait décidé. Quelleplainte,grands dieux, et qu'elle ade faiblesse! Vous fûtes le témoin de ce combat d'adresse. Seigneur, et vous savez ce qu'on me vit tenter, Qui marque la fureur qu'il ose m'imputer; Mais la sienne, qu'anime une haine implacable. Ne veut rien épargner pour me rendre coupable. Dans la fête qu'ensuite on me voit ordonner. Je l'invite au festin, c'est pour l'empoisonner. Sans nommer les témoins d'une trame si noire. J'en suis trop convaincu, parce qu'il la veut croire, Le fer enfin succède, on me fait tout oser. Prince, m'accuser trop, ce n'est pas m'accuser. Pour rendre contre moi vos plaintes légitimes. Un seul jour me pouvait amasser moins de crimes; Je vais chez vous de nuit, et l'on doit soupçonner Que j'y vais seulement pour vous assassiner. Puisque de ce forfait vous avez des indices. J'étais accompagné, je livre mes complices, Qu'ils viennent; et, par eux, faites connaître à tous L'ordre d'un attentat qu'ils apprendront de vous. Mais que sert contre moi d'inventer cette fable? De tant de crimes faux passons au véritable. Que ne me dites-vous, puisqu'il faut l'exprimer, « Pourquoi, Démétrius, t'es-tu fait estimer? Pourquoi de la vertu la Macédoine éprise Me voit-elle à regret une couronne acquise, Et quand de ma conduite on la voit s'indigner. Pourquoi lui parais-tu plus digne de régner? » Quelques déguisements que cache sa pensée, C'est là, seigneur, c'esl-là ce qui blesse Persée ; Et l'on s'empresserait bien moins à me trahir. Si par mes lâchetés je me faisais haïr; Mais, comme avec le sang la vertu m'intéresse A lui céder un trône acquis au droit d'aînesse. Ce même sang m'apprend à me montrer jaloux De mériter l'honneur d'être sorti de vous. Quant auxRomains, seigneur, dont on veutprcndre

[ombrage, M'a-t-on vu demander à leur servir d'otage; Et si vers le sénat vous m'avez député, Aî-je de cet emploi brigué la dignité?

Dans l'un et l'autre temps ma foi toujours sincère

N'a choisi pour objet que la gloire d'an père; Et par vos ordres seuls ayant pris droit d'agir, Ni pour vous, ni pour moi je n'ai point à roui Tant qu'avec eux la paix nous défendra les ai Leur alliance offerte aura pour moi des cbai Mais, si vous en rompez le nœud mal affenni, Ils trouveront en moi leur plus fier ennemi. De leur protection il n'est rien que j'attende; J Qu'ils ne me nuisent point, c'est ceque jedemaii Et qu'un frère, trop prompt à soupçonner ma m Ne prenne point chez eux des armes contre moii Si vous me condamniez, quelle que fût Mens^ Ce serait à lui seul à prendre ma défense; Et c'est lui que je vois, sur de faux attentats, Vouloir vous arracher l'arrêt de mon trépas. Appelé, sans savoir que j'eusse à me défendre,. Je n'ai pour y songer que le temps de l'entend Tandis qu'à me noircir, et qu'à me déchirer, ' Sa haine industrieuse a su se préparer. Hélas ! dans ce malheur où serait mon refage Si tout autre que vous devait être mon juge? Contre un frère cruel qui veut trancher mes joui C'est un fils qui d'un père implore le secours. Dans l'excès où sa rage a pu déjà paraître, ^ Que n'en craindrai-je point quand il sera mon m Et que sert qu'aujourd'hui l'on m'ose secourir, Si par lui, tôt ou tard, j'ai toujours à périr?

PERSÉE

Seigneur, si ce qu'il craint...

PHU.IPPB.

Bornez là votre pliiij L'aigreur qui la soutient autorise la crainte, Et trop de pente à prendre un esprit soupçonw Éblouit votre haine, et vous trompe tous deux. J'ai compris les raisons et de l'un et de Taulrt Sans prendre son parti, ni m'altacher au Tôlre Et, comme entre deux fils j'aime à me partager C'est sur l'avenir seul que je prétends juger. Vivez, et, s'il se peut, qu'une amitié sincère Du sang qui vous unit marque le caractère: Et par ses plus doux nœuds épargne à mon coait La douleur de chercher un coupable entre vm La nature l'ordonne, et je vous le demande.

DBKÉTRIUS.

Vous plaire est le seul bien, seigneur, où je prétei Et de cette union le charme m'est si doux, Quej'aurais fait pour moi ce que je fais pour i

PHILIPPE

L'assurance m'en plaît; mais, pour l'avoir eut Contre vous à l'envie ôtons toute matière. Étouffons un soupçon qui, dans tous vos dess» Vous fait d'intelligence avecque les Romains. Dé ces tyrans des rois la fière politique Fait révolter Didas contre leur république, Épousez-en la fille; et, pour vous cl pnourmoi Faites leur ennemi garant de voire foL

DKMBTRIUS.

Je vous l'ai dit, seigneur, lorsque la paix roropi

Page 1