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LE FEINT ASTROLOGUE, ACTE II, SCÈNE IL

lovente, fourbe, mens, jure, j'avouerai tout.

LUCRÈCE, ù Bialrix,

C'est uo point résolu, n'en dis pas davantage.

BÉATRIX, à Lucrèce, Hé! bien, vous le voulez, il faut plier bagage. Mais puissé-je à vos yeux, si j'ai parlé de rien...

LUCRÈCE

Ah I l'innocence même ! 0 la fille de bien I

PHILIPIN, à D. Fernand, HoDsieur, j'ai grande peine à bien mentir pour Celle-ci passera faute d'une meilleure, [l'heure.

D. FERNAND

Bonne ou mauvaise enfin, parle, je t'aiderai.

PHILIPIN, tout haut à D. Fernand, Dussiei-vous me chasser, monsieur, je le dirai.

(A Utcrice,) Madame, écoutez-moi ; que ce courroux s'apaise.

(A, D, Fernand,) Vous me faites en vain signe que je me taise.

(i Uerèce.) Jamais de votre amour Béatrix n'a parlé, Et le ciel, oui le ciel lui seul l'a révélé.

LUCRÈCE

Qaedil cet importun?

PHILIPIN.

Vous en doutez peut-être.

Mais sachez en deux mots que don Fernand mon Celui qu'ici présent vous voyez interdit, [maître, Pour J'esprit qu'il possède a le corps trop petit. £q fait d'astrologie il n'a point son semblable; Enfin, c'est un prodige, ou plutôt un vrai diable. Rien pour lui n'est secret, et sans de grands efforts. Je pense qu'il ferait même parler les morts.

BÉATRIX

Ton maître est astrologue I

PHILIPIN.

Astrologogîssime.

D. FERNAND

Sa fourbe va bientôt me mettre en bonne estime. Quoi, maraud...

PHIUPIN.

Oui, monsieur.

BEATRIX

Plût à Dieu qu'on le crût :

PHILIPIN.

Vous êtes astrologue, ou jamais il n'en fut. icsais qu'en l'avouant je perds tous mes services; Mais j'aime Béatrix, reine des Béatrices, Be tout soupçon ici j'ai dû la dégager.

(A UurHe.) Depuis plus de huit jours il me fait enrager; n contemple le ciel aux nuits les plus obscures ; n feuillette un grand livre, et fait mille figures : C'est sans doute par là qu'il a su vos amours.

D. fERNAND*

Donc, jaseur insolent, tu causeras toujours? Ta-t-on ici gagé pour conter une fable?

PHIUPIN.

k n'ai rien dit, monsieur^ qui ne soit véritable»

Ne me f îtes-vous pas encore hier au soir Remarquer un jardin dans un large miroir; Et quelque temps après n'y vis-je pas paraître Un homme qu'attendait madame à sa fenêtre ?

(A Lucrèce,) Je ne le pus ouïr pendant qu'il vous parla; Mais parmi plus de cent je dirais : « le voilà, » Tant je me remets bien son air et son visage.

D. FERNAND, à Lucrèce.

Il me perdra d'honneur s'il en dit davantage, Pour peu qu'il parle encor vous me croirez sorcier; Mais puisque je voudrais en vain vous le nier, Madame, j'avouerai qu'en mon voyage en France, Du grand Nostradamus j'acquis la connaissance. Avec tant de bonheur qu'il m'enseigna son art. Et n'eut point de secret dont il ne me fit part. Ce fut donc à hanter ce rare et grand génie. Qu'en assez peu de temps j'appris l'astrologie : Mais pour oser ici m'en servir librement. Je connais trop le peuple et son dérèglement: Il hait cette science, et croit que qui l'exerce Doit avec les démons avoir quelque commerce. Ainsi, craignant sa langue et d'en faire l'essai, J'ai toujours avec soin caché ce que je sais. Tant que las de souffrir votre rigueur extrême. J'en ai voulu savoir la cause par moi-même. J'ai consulté le ciel, et l'ai trouvée enfin. J'ai trouvé la fenêtre avecque le jardin. De l'heureux don Juan j'ai su la feinte absence; Mais n'appréhendez rien de cette connaissance. Mon intérêt m'oblige ici d'être discret; Notre sort est pareil, c'est secret pour secret; On vous a dit le mien, j'ai découvert le vôtre. Assurez-moi de l'un, je vous réponds de l'autre.

BÉATRIX

0 l'habile homme 1

PHIUPIN, à Lucrèce,

Hé I bien, vous avais-je menti ?

BEATRIX

La vérité, madame, enfin prend mon parti. Pour moi j'avais bien su, par un confus murmure. Qu'il se mêlait un peu de la bonne aventure; Mais je vous ai vendue, il a tout su de moi.

LUCRÈCE

J'avais assez de peine à soupçonner ta foi ;

Mais enfin, Béatrix, sans son astrologie

Ëût-il pu rien savoir à moins qu'on m'eût trahie?

D. FERNAND, Ù PhiUpin,

Tout va bien, Philipin, la fourbe a réussi.

PHILIPIN, à D. Fernand, La bonne dame en tient, et n'est pas sans souci. Vous verrez son orgueil réduit à la prière.

LUGRÂGE.

Généreux don Fernand, esprit plein de lumière, D'un amant dédaigné je craindrais le courroux^ S'il fallait faire excuse à tout autre qu'à vous; Mais dans le haut degré de science où vous êtes. Vous connaissez du ciel les pratiques secrètes. Et qu'agissant en nous d'un pouvoir absolu.

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