LÉONARD, D. FERNAND, LUCRÈCE, BÉATRIX, PHIUPIN
LÉONARD
Quelle affaire avez-vous avec ce cavalier?
LUCRÈCE
C'est curiosité, je ne le puis nier.
Depuis deux ou trois jours j'ai su par une amie
Que mieux qu'homme du monde il sait l'astrologie;
Et je le consultais pour savoir au certain
A quel époux le ciel a destiné ma main.
D. FERNAND, ù Philipw,
Elle veut éprouver si ma science est vraie.
LÉONARD
Souvent un astrologue en mensonge nous paye, Et l'effet rarement confirme son rapport : Mais que vous a-t-il qui vous trouble si fort?
{D, Louis paraît, à qui Philipin va conter à Voreille l'aventure de ton maUre^ et ils te tiennent éloignés de dix pat à écouter Léonard et D, Femand.)
D. FERNAND
Je lui parlais, monsieur, de certaine disgrâce Dont je vois clairement que le ciel la menace : Elle s'alarme un peu, comme vous pouvez voir.
LÉONARD
Mais en si peu de temps, qu'avez- vous pu savoir?
D. FERNAND
Que répoux trop heureux que le ciel lui destine Est pauvre,etpourtoutbienn'aquesa bonne mine.
LÉONARD
Il ne faut pas ainsi craindre légèrement, Ma fille.
BÉATRIX, bas.
De quel front le bon cavalier ment!
LUCRÈCE
Cette prédiction me met beaucoup en peine.
LÉONARD
Ne vous étonnez point, je la puis rendre vaine.
LUCRÈCE
Toutefois don Femand, qui me prédit ce point, Est un grand astrologue, et ne se trompe point : J'ai lieu, sur ce qu'il dit, d'ôtre en inquiétude.
LÉONARD
Certes, l'astrologie est une grande étude. Bien digne d'occuper un esprit curieux.
Et noble d'autant plus qu'elle s'attache aux cieux; Si vous la possédez dans un degré suprême. Peu savent les moyens d'y réussir de môme. ^La spéculation n'est pas bonne pour tous; Quoi qu'il en soit enfin, monsieur, je suis à vous, J'ai toujours estimé les gens dont la science
Relève le bon sang qu'ils ont de leur naissance ; Et s'il faut librement vous en faire l'aveu, Dans mon jeune âge aussi je m'en mêlais un peu : Mes différents soucis, l'embarras des affaires, M'ontfaitprendredepuisdessoinsplus nécessaires. Dites-moi cependant : auriez-vous pour suspect Saturne regardant Vénus d'un trine aspect, Et peut-on justement tirer un bon augure De la conjonction d'Hécate avec Mercure?
D. FERNAND, bat.
n parle hébreu pour moi, je suis pris, c'en est fait.
PHILIPIN, â D» Femand, II aurait besoin d'être astrologue en effet.
D. F£RNAND, bas.
N'importe, efforçons-nous, et payons d'impudence. {Bout.) [pense.
Pour vous dire en deux mots, monsieur, ce que j'en Vénus aux amoureux promet beaucoup de biens. Et Saturne peut tout sur les Saturniens; Mais la triplicité de cette conjoncture. Ainsi que l'union d'Hécate avec Mercure, Combinant leurs aspects, ou les rétrogradant Sur l'horizon fatal d'un bizarre ascendant. Pourrait paralaxer sur un cerveau si tendre...
LÉONARD
Ce discours est si haut que j'ai peine à l'entendre. De grâce, en ma faveur, pour éclaircissement, Expliquez-vous un peu plus populairement.
Ce sont termes de l'art.
LÉONARD
Pardonnez à mon âge Qui n'en conserve plus qu'une confuse image : Ces termes en mon temps n'étaient pas fort connus, Mais la science augmente, et ce temps-là n'est plus.
D. FERNAND
Tout s'y voit si changé depuis quelques années, Qu'en autre caractère on lit les destinées; Même Nostradamus, mon mattre en ce grand art, Avait et son langage et ses règles à part; C'estpourquoi le discours où mon esprit s'applique. Tient un peu de l'obscur et de l'énigmatique; Je dois suivre ses pas comme son écolier.
LÉONARD
Mais si vous vouliez être un peu plus familier?