‹ Théatre completChapitre 774 sur 1461 · SCÈNE III PERSÉE, ÉRIXÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE III PERSÉE, ÉRIXÈNE

PERsée.

Après tant de soupirs, tant de rudes alarmes, Enfin voici ce jour pour moi si plein de charmes, Où, pour prix de ma flamme obtenant votre foi, Je vais me voir ensemble heureux amant et roi. Attendant qu'en ces lieux j'obtienne une couronne, Il m'estdouxquel'amourpar vos mains me la donne. C'est ce que votre hymen va faire aux yeux de tous, Pour son auguste pompe on n'attend plus que vous. Allons, allons, madame, et de l'heur que j'espère...

ÉRIXÈNE.

Seigneur, l'ordre du roi m'est ici nécessaire, C'est par lui que pour vous mon cœur s'est engagé. Et, puisqu'il tarde tant, il peut être changé.

PBRSÉK. [dre,

Si ce seul changement pour ma flamme est à crain- A ce scrupule en vain vous voulez vous contraindre. Le roi pour cet hymen s'intéresse à tel point...

éRIXÉNB.

Allez l'en consulter, et ne m'en croyez point. Non qu'enfin, affectant un scrupule frivole Je cherche à m'affranchir de lui tenir parole, Mais je lui ferais tort si j'avais quelque effroi Qu'il en pressât l'effet que pour le fils d'un roi. J'ai promis pour un prince et grand et magnanime, Jaloux de la vertu, plein d'horreur pour le crime, Digne de voir par moi ses hommages reçus. Je ne m'en dédis point, jugez-vous là-dessus.

PERSÉE

Ah ! si d'un pur amour les pressants témoignages

Vous faisaient de mon cœur estimer les hommi^ Vous ne douteriez point si je puis mériter Que vous vous abaissiez jusqu'à les accepter. Vous trouveriez en moi ce prince magnanime, Jaloux de la vertu, plein d'horreur pourlecrinj Et cesseriez de dire, en outrageant ma foi, I Que vous n'avez promis que pour le fils d'un rj| Ne vous déguisez plus, et, malgré vos prome^^ Laissez, laissez agir vos premières tendresses. Quandje touche au moment qui me doit rendre ha Démétrius vaut bien un remords généreux. [re« D'un cœur que l'on rejette il est beau qu'une rell Au refus de Didas daigne flatter la peine, Que d'un parjure amant l'indigne trahison..,

ÉRIXÈNE.

Je n'ai pas oublié que je m'en dois raison, Maislaplus vive ardeur presse en vain ma TeDg«( Quand on le punit trop on lui rend l'innocence; {^ Et de Didas sur moi quoi qu'ait pu le rapport, Tout me devient suspect sitôt qu'on veut si nMi

PERSÉE

Sa mort? Qui vous fait prendre unefrayeursi^iii

ÉRIXÈNE.

Les crimes dont le charge une implacable hai« iNon qu'on en puisse trop punir l'indignité; S'il a su les commettre, il a tout mérité; Mais, puisque vous voulez qu'avec vous je n'a? On les croit un effet de votre politique; il* Et dans vos envoyés si votre espoir futœ», Ils vous ont mal tenu ce qu'ils vous ont pronw

PERSÉE

Quoi, si ce qu'ils ont dit à sesdesseinspealn^ Us parlent par mon ordre, et j'ai su lessédui

ÉRIXÈNE.

Vous le saurez du roi, je parle seulement De ce qu'un bruit confus m'apprend obscuréaK Mais sur ce doute, enfin, je crois devoir aitew A partager ce trône où vous pouvez prélenA Et j'aime mieux plus tard avoir droit d'} mo»l| Que me mettre en péril de le trop acheter.

PERSES

Ah ! Ce serait trop peu que borner votre hti* A différer l'effet d'un accord qui vousgôoe. Sur l'exemple d'un traître il vous sera plusdfl Devons montrer pourmoicequ'onl'a vu pour^

Ne considérez point sur ce grand hyroénée j Ni mes vœux acceptés, ni votre foi donnée, S'il osa vous trahir en faveur de Didas, Vous l'avez trop aimé pour ne Timiter pas. J'avais dû le prévoir ; et, lorsque l'on me qo Mon espoir trop crédule a l'affront qu'il mér Donnez à mon rival la douceur d'en jouir, Vous le pouvez aimer, vous pouvez me haïr; Mais avant que ma foi sur sa flamme conM Emporte avec le cœur la main qu'on me refj Pour lui ravir un bien qu'il m'ose disputer. J'irai jusqu'aux forfaits qu'on me veut imp" Puisque l'on me soupçonne, il faut par de

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