ANTIOCHUS, ACTE II, SCÈNE I
Des soins où vous oblige un ibtérôt si cher. Jamais dans un destin à nos vœux si contraire, Pour un fils plus illustre on n'a vu craindre un père; Mais en vain nos souhaits hâtent la guérison Des inquiets transports qui troublent sa raison. Pour vous cacher le trouble où sonmalheur le jette, Il m'emploie à vous faire agréer sa retraite; Et l'éclat des apprêts qu'étale votre cour. Blesse autant son chagrin qu'il flatte votre amour.
SKLEUCUS.
Qu'espérer donc, madame, et quel dieu favorable Lui rendra le repos dont la perte m'accable? Comme sur ses pareils l'ambition peut tout, Par là, de ses ennuis j'ai cru venir à bout. Quand ma main vous appelle au trône de Syrie, J'aime à lui voir remplir celui de Phénicie, Et pense que sur lui, dans un chagrin si noir, La douceur de régner aura quelque pouvoir; Mais, bien loin qu'à ce charme il se montre sensible, Tigrane m'en rapporte un refus invincible. Et ne découvre rien qui puisse m'éclaircir D'un mal que tous nos soins ne peuvent adoucir.
STRATONICK.
C'est par là que j'en vois la suite plus à craindre. Quoique souffre le prince, on ne peut que le plain-
[dre ; Et Famour paternel vous fait en vain chercher Par où guérir un mal qu'il se platt à cacher. J'ai déjà fait effort pour vaincre son silence, Mais je l'ai vu s'aigrir par cette violence ; Et craignant d'oser trop...
SÉLBUGUS.
Ah l Tout vous est permis.
Et vous seule avez droit de me rendre mon fils. Vos soinsy peuvent tout, employez-les, de grâce, A détourner le sort dont l'horreur nous menace ; Et pour lire en son cœur, malgré son noir destin, Contraignez-vous encore à flatter son chagrin. Quand vous le presserez, peut-être aura-t-il peine A ne pas expliquer le trouble qui le gêne. Surtout, arrachez-lui ce dessein de partir, Madame, c'est à quoi je ne puis consentir. Pendant que vos bontés en rompront l'injustice. J'irai presser le ciel de nous être propice, Et, par des vœux soumis désarmant son courroux, Lui demander pour lui ce que j'attends de vous.