‹ Théatre completChapitre 790 sur 1461 · SCÈNE I ARSINOÉ, BARSINE · texte numérisé non relu

SCÈNE I ARSINOÉ, BARSINE

BARSINB.

Quoi, lorsque sa langueur va jusques à l'extrême. Le trouble qui la suit fait connaître qu'il aime?

ARSINOé.

Oui, Barsine ; et le prince a beau se déguiser, L'amour seul à ce trouble a droit de l'exposer; Dans son cœur, malgré lui, mes soupçons me y

BARSINE. plit

C'est peut-être pour vous qu'Antiochus soupire; Et par là, quoi qu'il cache, il vous serait aisé De connaître le mal que vous auriez causé.

ARSINOÉ

Tu crois qu'il m'aimerait, lui, dont rardenlsuffrip A des vœux de Tigrane autorisé l'hommage, Me l'a fait agréer, et, sur Taveu du roi, Assure à son amour et mon cœur et ma foi.

BARSINB.

Peu voudraient d'un rival favoriser la flamme; Mais, madame, il n'est rien que n'ose une gnol Et Tigrane à son prince ayant sauvé le jour, [ini Tout me devient suspect quand il sert sonamoi Pour triompher du sien, le forcer au silence, L'amitié s'est pu joindre à la reconnaissance; Et, quoiqu'il se contraigne à soupirer tout bas, L'excès de son chagrin ne le trahit-il pas? Peut-il mieux expliquer qu'il cède ce qu'il aime?

ARSINOÉ

C'est ce cruel eiïort qui l'arrache à lui-même; Mais, lorsqu'il se soumet à cette affreuse loi, La reine en ce qu'il soufTre a plus de partqoeiii

BARSINB.

Stratonicc?

ARSINOÉ

Elle-même.

BARSINB.

Et vous le pouvez croire Dans le peu d'intérêt qu'il montre poursagloitt Quand chacun, à l'envi, s'y fait voir empressé. Du plus faible devoir il se croit dispensé, Jamais il ne lui parle; et, la fuyant sans cesse.

ARSINOÉ. 1

S'il la fuit, ce n'est pas son chagrin qui Venpitl Il fuit, il craint des yeux trop savants à chanrt Et craindre un bel objet, Barsine, c'est l'aiitfï»

BARSINB.

Quoi, c'est là de sa flamme une preuve certain

ARSINOÉ

Non ; mais enfin j'en crois ce portrait de la rd Qui, trouvé sur mes pas, me laisse peu dooler D'un feu que son respect empêche d'éclater : Depuis que le hasard m'en fait dépositaire, Sa perte est un malheur dont on aime à setd Et, pour le recouvrer, tout autre qu'un amri N'ayant rien à cacher, s'en plaindrait hautenri (Elle tire une boUe de portrait qu*eÙe montre à B^f^ Vois de nouveau, Barsine, avec quel avantage Ce qui doit l'enfermer étale son ouvrage; Admire tout autour quels pompeux ornementa Lui fournit, à l'envi, l'éclat des diamants! Tant de profusion, comme elle est peu commi Marque en qui la peut faire une haute forluoe Et la boite est d'un prix qui ne fait que trop ^

ANTIOCHUS. ACTE II, SCÈNE lU.

Qu'un prince à renrichir a montré son pouvoir. Outre que je la trouve en ce lieu solitaire Où Ton voit chaque jour Antiochus se plaire, Sous ces arbres touffus dont Tagréable frais, Pour qui cherche à rêver, a de si doux attraits. Crois-moi, de mes soupçonsla preuve est convain- BARsiNK. [cante.

S'ils ne vous trompent poi nt, la disgrâce est touchan- Car c'en est une enfin, sous qui trembler d'eflFroi [te, D'être rival ensemble, et d'un père, et d'un roi, Mais d'un roi qui d'ailleurs adore Stratoni ce.

ARSINOB.

Il faut que cet amour aujourd'hui s*ëclalrcisse : Cette botte y peut tout, et, pour m'en assurer, Aux yeux d'Antiochus je n'ai qu'à m'en parer. De son trouble à la voir penses-tu qu'il soit mattre ?

BARSINB.

Le feu qu'il tient caché parla se peut connaître. lais n'oubliez-vous point ce que vous avez fait, Que par vous cette boite a changé de portrait? ■ Pour celui de la reine elle enferme le vôtre.

ARSINOÉ

Cest exprès que Je mien tient la place de l'autre.

kmm qu'un tel échange aidât à m'éclaircir,

ïinin par cet essai j'y croirais réussir.

Le prince aurait sur soi peut-être assez d'empire

/bwnerien laisser voir de ce qu'il n'ose dire,

fi,$ur quelque prétexte, il pourrait trouver jour

A reprendre un portrait si cher à son amour;

Aq lieu que par la botte ayant un sûr indice

fioe je garde en mes mains celui de Stratonice,

L'ardeur de retirer ce dépôt précieux,

Loi fera découvrir ce qu'il cache le mieux;

Oa,s*ilpeut me laisser en quelque incertitude,

Dq moins je jouirai de son inquiétude,

0 parlera par elle ; et quand... Mais je le voi ;

Pour le contraindre moins, Barsine, éloigne-toi.

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