SCÈNE I SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, suite
SÉLEUCUS
Prince, n'espérez point que jamais je consente A ce cruel départ qui flatte votre attente. S'il faut de vos ennuis partager le tourment, J'en préfère la peine à votre éloignement. De votre vue, au moins, laissez-nous l'avantage : Mais enfin se peut-il que rien ne vous soulage. Et qu'un roi qui peut tout, et fait cent rois jaloux, Avec ce plein pouvoir ne puisse rien pour vous?
ANTIOCHUS
Seigneur, je me condamne, et n'ai rien à vous dire, A l'exil qui m'est dû c'est par là que j'aspire; Je rougis de troubler par mon fatal chagrin Le triomphe éclatant de votre heureux destin; Et pour vous épargner la gêne où vous expose...
SELEUCUS
Vous me l'épargneriez à m'en dire la cause.
SÉLEUCUS, STRATONiCE, ANTIOCHUS, PHÉNICE,
SUITE
SELEUCUS
Qu'avez-vous fait pour moi? Vous avez vu mon fils. Madame, et de vos soins je me suis tout promis : Dans le trouble où l'engage u n destin trop contraire, A-t-il pu vous cacher ce qu'il aime à nous taire ?
ANTIOCHUS
S'il était quelque soin qui le pût adoucir. Les bontés de la reine auraient dû réussir ; [ble, Mais, dans mes sens confus, seigneur, tel est cetrou- Que plus on le combat, plus je sens qu'il redouble ; Et, malgré moi, sans cesse interdit, étonne...
STRATONICE
A d'étemels ennuis il se croit destiné; Mais, quel que soit le mal à qui sa raison cède. Peut-être est-il aisé d'en trouver le remède? Et Ton n'ignore pas où l'on doit recourir. Quand on n'a dans un cœur que l'amour à guérir.
SéLEUCUS.
Quoi, mon fils aimerait?
ANTIOCHUS
Qu'avez-vous dit, madame?
STRATONICE
Oui, seigneur, son chagrin est l'effet de sa flamme ; Son cœur de son secret obstinément jaloux...
ANTIOCHUS
Ah! madame, est-ce là ce que j'ai cru de vous?
SÉLEUCUS
N'en rougis point, mon fils; si l'aveu t'en fait honte,
) Vois qu'il n'est point de cœur que l'amour ne sut- Et, pour autoriser celui qui t'a surpris, [monte; Songe que ton père aime avec des cheveux gris. Quelques brûlants transports où cette ardeur t'en- Pui8-jelecondamnerquandj'adorelareiDe,[tralne, Et préfère, en l'aimant, la gloire de ses fers A celle de me voir maître de l'univers? Aime donc, puisqu'enfin aimer n'est pas un crime, Mais aime pour te rendre un secours légitime: Quelque cœur que l'amour te force d'attaquer, Pour voir finir tes maux tu n'as qu'à t'expliquer.
ANTIOCHUS
Seigneur, trop de bonté pour moi vous intéresse: J'aime, en vain je voudrais vous cacher ma faiblesse: On vous en a trop dit, mais enfin, c'est du temps Que dépend dans mes mauxle secours que j'atteoà; Vaincre ma passion en est le seul remède.
SÉLEUCUS
A tant d'aveuglement se peut-il qu'elle cède, Que dans ce qu'autorise un absolu pouvoir, Tu n'oses lui souff'rir la douceur de l'espoir? Vois dans toute l'Asie : a-t-elle aucune reine Qui dédaignât l'honneur d'avoir causé ta peine? Ou, s'il te plaît d'aimer dans un destin plus bas, Pour l'élever à toi choisis qui tu voudras, Ma tendresse y consent, et tu n'as rien à taire.
ANTIOCHUS
Je me vaincrai, seigneur, c'est tout ce qu'il faulÉwt
SÉLEUCUS
Hâtez la guérison d'un amant trop discret, Madame, vous savez le reste du secret.
STRATONICE
Oui, seigneur, et je puis...
ANTIOCHUS
Ne dites rien, madame, Vous n'avez que trop fait d'avoir trahi ma flamme; Bornez là des malheurs qu'on ne peut réparer, Et lajssez-moi mourir sans me désespérer.
STRATONICE
Souffrirque sous l'amour un si grand princcexpireî Ce portrait vous dira ce qu'il n'ose vous dire. Seigneur, voyez pour qui son cœur est préTCoa. ANTIOCHUS, pendant que Sileueus regarde le ptrtwi. Enfin, l'on sait mon crime, et tout vous est codou; L'astre qui m'en a fait un destin nécessaire, Dérobe à mon respect la gloire de me taire; Et, pour comble d'horreur dans un mal si pressanl, 11 ne m*est plus permis de mourir innocent : C'était par là pourtant que je flattais ma peine, Et, si j'ai découvert mon secret à la reine. J'avais quelque sujet de croire qu'à son tour Elle voudrait m'aider à cacher mon amour. L'aveu qu elle en a fait demande mon supplice, Ordonnez-le, seigneur, et vous faites justice; Déjà ce que pour vous j'y prenais d'intérêt. Par l'exil que je presse avait fait mon arrêt.
SÉLEUCUS
0 vertu sans exemple I 0 cœur trop magnanime I Ne parle point, mon fils, ni d'exil ni de criuie;