LE FEINT ASTROLOGUE, ACTE III, SCÈNE IL
D. LOUIS, ouvrant les deux livres^ Ua almanach, un traité de la sphère 1
PflILIPIN.
n en disputerait s'il était nécessaire : Vous ne viles jamais astrologue pareiL
D. LOUIS
Vous connaissez du moins les maisons du soleil?
D. FBRNAND.
Je connais môme encor le zénith, Técliptique, Le tropique du cancre, et le pôle antarctique. Ces termes de « Jupin s'opposant à Vénus, » Grâce à mon almanach, ne m'épouvantent plus. Et même en un hesoin, par quelque préambule, Je brouillerais Tesprit d'une femme crédule : Je n'ai fait toutefois dans ce commencement Qu'an effort de mémoire, et non de jugement, Il me faut fuir encor le père de Lucrèce. Avez-vous cependant poussé bien loin la pièce?
Assez loin, et peut-être en rirez-vous un peu.
J'ai su trouver d'abord une maison de jeu.
Où j'ai tout débité dans une troupe amie
De ceux qu'on nomme là piliers d'académie,
De ces préteurs à poste ; et comme tout le jour
ÂUeadant la rencontre ils tiennent là leur cour,
Vous savez que de tout curieux ils s'informent,
Que sur chaque nouvelle ils taillent, ils réforment ;
Jugez si je pouvais m'ôtre mieux adressé.
Chez les comédiens de là je suis passé,
Où, pour mieux faire croire une telle merveille,
J'en ai dit à beaucoup le secret à Toreilie,
El cette confidence a si bien pullulé,
Que d'oreille en oreille il s'est partout coulé.
Au sortir de ce lieu, souffrez qu*encor j^n rie.
Un ami m'a conté ma propre menterie.
Avec tant de serments que c'était vérité,
Que moi-môme à l'ouïr j*en ai presque douté.
Enfin, le jour manquant, j'ai passé par la place.
Où pour vous un certain mentait de bonne grâce,
Et publiait, tout prêt d'en jurer au besoin.
Cent choses dont lui-môme il se disait témoin :
Qoqousix Técoutaient, je m'approche, et pour rire
J'ai sur ce qu'il disait voulu le contredire ;
Mais lui, plein de colère et dindignation,
ITioterrompant soudain avec émotion,
« Je dis ce que j'ai vu, m'a-t-il dit, et peul-ôtre
Vous en parlez ainsi faute de le connaître.
Ou vous portez envie aux hommes de vertu : »
Et moi sur ce ton-là craignant d'ôlre battu.
Je me suis retiré pour en rire à mon aise.
D. FBRNAND.
L'histoire est admirable.
D. LOUIS
Elle n'est pas mauvaise.
D. FBRNAND.
Que l'on trouve à Madrid d'impertinents menteurs I
D. LOUIS
Les nouveautés partout trouvent des sectateurs. Maisce qui me surprend,c'est qu*en celle aventure. . .
PHILIPIN.
Une dame, monsieur, d'assez belle stature, Demande à vous parler sans témoins un moment.
D. FBRNAND.
Ami, retirez-vous dans cet appartement : Ne s'agirait-il point ici d'astrologie?
Plût à Dieu ! J'en aurais l'Ame toute ravie. Aussi bien vous faut-il, par un effort d'esprit, En tromper deux ou trois pour vous mettre en crédit.
D. FBRNAND,
Quoi que ce soit, d'ici vous le pourrez entendre.