LAODICE, ACTE IV, SCÈNE III
Madame? Et voire amour a pu sil6t céder?
LAODICE
A qui nous prêle un crime ou doit tout accorder.
Anaxandre le hait, et m'aurait mal servie
Si je ii*avais pas feint d'abandonner sa vie.
Et de vouloir sur lui rejeter Taltentat
Qui, malgré son refus, est prêt de faire éclat.
Mais enfin, quoiqu'Oronte ail mérité ma haine,
Contre lui dans mon cœurelle est faible, elle est vai-
Ce refus d'un forfait dont il me fait le prix, [ne;
Après ce qu'il me doit joint l'injure au mépris;
Et, par un sentiment qu'en vain je désavoue,
Contre mes intérêts moi-môme je l'en loue.
Étrange aveu d'un cœur sous le crime abattu,
De se sentir contraint d'estimer la vertu 1
Oui, telle que je suis, aux forfaits enchaînée
Par le dur ascendant que prend la destinée.
Je me vois, malgré moi, forcée à respecter
Ce qu'un fatal penchant me défend d'imiter.
Plus Oronte du crime a rejeté l'amorce,
Plus mon amour pour lui semble avoir pris de force;
Son refus m'a trahie, et, loin de l'en haïr.
Je l'aurais moins aimé s'il eût pu m'obéir.
Ma flamme s'est accrue à voir croître sa gloire ;
Et, s'il a pu tantêt me réduire à le croire,
Si j'embrasse un forfait par lui seul combattu,
C*est aûn qu'il me serve à payer sa vertu.
J'en fais le prixdu trône,où, de quoi qu'on m'accuse,
Je lui veux acheter la place qu'il refuse,
Y voir briller sa gloire, et faire, en ce grand jour,
Servir l'ambition de prétexte à l'amour;
C'est par là seulement que ma honte s'efface.