SCÈNE III PHILIPIN, LISETTE
C'est bien dit. Ah, les sots, Qui, sans rien attraper, avec un soin extrême. Sont un an à poursuivre un chétif je vous aime? Prétend-elle toujours ainsi se défier?
LISETTE
Faute d'expérience elle se fait prier ; Elle est novice encor, mais enfin laisse faire : Mes soins en si bon train ont déjà mis l'affaire, Qu'en la pressant un peu, si ton maître est discret. Je lui répondrais bien d'un rendez-vous secret : Lui peignant bien sa flamme il l'obtiendra sans PHILIPIN. [doute.
Mais on ne lui dit rien que la tante n'écoute ; Et montrer pour la nièce un cœur d'amour blessé, Ce serait le secret d'être bientôt chassé. 0 le fâcheux dragon qu'une tante éternelle !
LISETTE
Ajoute qui prétend être encor jeune et belle, Et qui, laissant au coffre un peu plus de trente ans. Veut jusque dans l'hiver ramener le printemps. A chaque occasion parlant de son peu d'âge. Son radoucissement tire un piteux hommage, Qui lent à s'avancer...
PHILIPIN.
Pour de si vieux appas, Dis-moi, quelle douceur pourrait doubler le pas? A soixante et dix ans! L'agréable mignonnel
LISETTE
Dis soixante.
PHILIPIN.
Hé bien, soit, la différence est bonne. Comment diable à cet âge ose-t-on vivre encor !
Sais-tu pas qu'une femme en tout temps prend PHILIPIN. [l'essor?
Je le sais; mais du moins on n'a point la figure D'une Ostrogote faite en dépit de nature; Et l'on doit s'habiller, sans tant de sots atours, A l'usage des gens que l'on voit tous les jours. De son deuil mitigé la mode est fort nouvelle.
LISETTE
Elle croit du commun se distinguer par elle, En être plus galante et plus propre à charmer.
PHILIPIN.
Elle a le diable au corps, croire se faire aimer I
Ne voir pas quand quelqu'un près d'elle s'hama-
LISETTE. [Dise...
Qu'on lui diseun mottendre,elleest soudain éprise, Croit tout, prend feu sur tout, et c'est làson destin; Aussi, sans le doux style, on n'est point son coosio: On n'a chez elle accès qu'en lui contant flenreltes, Qu'en feignant un amour...
PHILIPIN. I
Un amour à lunettes, j Si bien que sans douceurs et le tendre soupir, Ce dragon surveillant ne se peut assoupir?
LISETTE
C'en est la seule voie.
PHILIPIN.
Ah, beauté bisaïeule!
Si j'osais pour douceur te bien paumer la gueule, Que je prendrais plaisir...
Tu te mets en courroui?
PHaiPiN.
Mais quand avec la nièce avoir ce rendez-vous? Où l'en presser?
USETTE.
Léandre est ami de ton maître, On l'aime ici déjà plus qu'on ne fait paraître; Qu'il amuse la tante, et l'endorme si bien Qu'Oronte avec la nièce ait un libre entretien.
PHILIPIN.
Oui, mais tu ne dis pas que ce Léandre enn^ D'avoir déjà dix fois joué ce personnage? Il est saoul de la tante, et n'en veut plus tàter.
LISETTE
Voyez que c'est bien là de quoi se rebuter, [Iresl La pauvre nièce et moi nous en souffrons bien d'au- Et peut-être il n'est point d'ennuis pareils aux d6- Ma foi, c'est charité que de nous secourir. [1res.
PHILIPIN.
Mais avant qu'attraper il faut longtemps courir; Et de l'air dont elle est par la tante gardée...
LISETTE
Le désir d'un mari l'a si fort possédée. Que, comme elle en veut un quoi qu'il puisse coûter, La nièce n'est jamais en pouvoir d'écouter. Depuis neuf ou dix mois que dure le veuvage, La vieille requinquée a l'amoureuse rage, Dans le premier venu croit voir un protestant, S'en faitconter parforce, et s'offreau mèmeinstaDl; Ainsi, point dequartiertantqu'elleaiteusoncomp- Mais, dis-moi, cetépouxquepromettaitOronte, [le- Ce baron d'Albikrac est longtemps à venir.
Quelque obstacle maudit l'aura pu retenir. Nous le saurons bientôt; un certain La Montagne Cheznous, quand j'en sortais, arrivaitde Bretagne, Il en rapportera ce que tu veux savoh*.
LISETTE
A vanter ce baron, j'ai bien fait mon devoir. Sur ce que j'en ai dit notre tante charmée, Par lettres aussitôt, de lui s'est informée.